Volodymyr Zelensky entre le marteau et l’enclume

Par mardi 29 mars 2022 Permalink

J’entendais ce matin à la radio que des clients en France s’en prenaient violemment aux caissières de chez Auchan. Pourquoi, vous demandez-vous, surpris? Ces grands combattants ont trouvé ce moyen pour obliger la multinationale à quitter la Russie car Volodymyr Zelensky leur a dit que les entreprises françaises devaient se sacrifier pour les ukrainiens.

Volodymyr Zelensky est en apparence devenu une sorte d’arbitre des élégances. Il dit aux parlementaires de chaque pays d’Europe ce qu’ils doivent faire et ils l’écoutent respectueux, debout, au garde-à-vous. Les médias relaient. Les citoyens s’exécutent oublieux de leurs propres intérêts. La France entière doit souffrir pour l’Ukraine et peu importe que Total et surtout Renault (dramatique pour la firme!) se sacrifient ou que notre gaz vienne d’Algérie. Tout le monde doit faire comme s’il était rationné. Tout le monde doit aussi faire semblant d’être menacé par Poutine comme si chaque pays était dans la même position que l’Ukraine. C’est évidemment grotesque mais l’important est le sort de l’Ukraine, l’Ukraine outragée, l’Ukraine brisée, l’Ukraine martyrisée.

Et ça risque de durer avant que le pays ne soit libéré car les Etats Unis n’y tiennent pas du tout et exploitent la situation à leur avantage avec comme symbole le moins subtil, le plus mercantile qu’il soit, leur gaz de schiste! Si donc les intérêts français doivent pâtir de la guerre, les intérêts américains doivent en profiter et pour ce faire l’oncle Sam arme le pays autant qu’il peut pour avoir le temps de remplacer la Russie en tant que fournisseur d’énergie des allemands. Si l’Ukraine n’a jamais été un enjeu fondamental pour les Etats-Unis, Obama lui-même l’a dit, le business reste le credo de la première puissance mondiale. Et s’il faut faire de l’Ukraine un champ de bataille pour des années, un champ de ruine à la sortie et bien ce le sera.

Volodymyr Zelensky n’aura jamais le droit de s’accorder avec Poutine. Les Etats Unis exploitent son pays de manière à tirer avantage de la guerre. Le peuple ukrainien n’a pas comme seul ennemi le chef du Kremlin, un ennemi frontal, basique, avec qui un jour ou l’autre on finit par s’entendre. Le peuple ukrainien a aussi un ami du style de ceux dont Voltaire parlait en disant “Mon dieu, garde moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge”. Et l’ami américain va devenir une épine dans le pied de l’Ukraine. Le pays ne va pas vouloir s’en passer mais cette alliance risque de lui nuire de plus en plus. Un cercle vicieux. Volodymyr Zelensky va devoir se transcender pour sortir de l’impasse.

Frédéric Le Quer

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