Vivre une soirée parisienne

Par Jeudi 26 avril 2018 Permalink 1

Le témoignage d’une dame d’une cinquantaine d’années sur sa soirée parisienne est intéressant. Rien d’extrême dans ce qu’elle raconte. On n’est pas là porte de la Chapelle aux milieux de centaines de migrants installés dans un quartier musulman mais dans un quartier français du quatorzième arrondissement, un soir de la semaine, un soir où deux femmes décident d’aller dîner ensemble entre copines dans un petit restaurant avec une terrasse sur le trottoir parce qu’il fait doux. Elles se racontent et regardent les passants devant un verre de Brouilly et choisissent leur menu dans les 20 €. Il n’y aurait rien à dire si ce n’était sur ce qu’elles ont ressenti.

Tout a commencé avec l’interpellation d’une fille, au sortir du Carrefour Market d’en face, qui avait essayé de faucher une bouteille de whisky. Immédiatement devant le magasin, des flics et des militaires “vigipirate”, ceux qu’on voit marcher par quatre, mitraillette aux bras, se retrouvèrent à l’encercler. Rien de discret. Tout était tapageur. La fille d’abord qui hurlait comme une folle. Et toutes ces forces de l’ordre pour arrêter la coupable alors que deux ou trois personnes auraient suffi. C’était bizarre… Un simple chapardage par quelqu’un de probablement pas très équilibré vu son comportement se transformait presque en situation insurrectionnelle. Pourtant aujourd’hui, en France, personne n’est inquiété pour avoir tenté de voler dans un magasin. La scène brassait de l’air tout en indisposant ceux qui en étaient témoins. Deux heures plus tard d’ailleurs les deux amies virent en rentrant chez elles la protagoniste sur un ban se disputer avec deux autres hommes à l’apparence douteuse.

Justement, en rentrant, pendant vingt minutes à pied, de nuit cette fois, les deux dames furent mal à l’aise. Elles percevaient qu’il pouvait leur arriver quelque chose. Ce sentiment d’insécurité, tant moqué par des esprits niant la réalité, s’insinua dans leur cerveau. L’une d’elle dit ensuite qu’elle avait les yeux partout en comparant avec ses promenades nocturnes entre Opéra et Père Lachaise effectuées sans crainte trente ans auparavant. Une faune spéciale avait pris possession des rues parisiennes. Une faune avec laquelle on n’avait pas envie de discuter, qu’on aurait préféré ne pas voir tant elle semblait proche de mal faire. Pour rien. Comme ça. Une pulsion. L’atmosphère était devenue franchement malsaine. L’entourage délétère qui peut-être n’inquiétait pas des filles plus jeunes habituées au monde actuelle, désarçonnait ces femmes. Qu’on le veuille ou non, Paris était devenu une ville dangereuse, sombre, au climat rebelle.

Toutes ces émissions et ces pubs qui disent qu’on est heureux, que la vie est belle, n’ont qu’un but, faire oublier la vérité des faits, des choses, du monde comme il est. Et il sombre dans la désolation comme ces bons films d’horreurs qui plutôt que de montrer de l’hémoglobine instillent un climat de plus en plus oppressant avant le final et les scènes plus musclées. On en est là aujourd’hui. Dans l’instillation de l’horreur avant ce qu’immanquablement il ne manquera pas de se produire.

Frédéric Le Quer