Un jeu dangereux en Libye

Par mercredi 24 juin 2020 Permalink 1

En Libye, il y a un camp à l’ouest, le GNA, gouvernement reconnu par l’ONU. Il y a aussi un camp à l’est, celui du général Haftar. Le GNA soutenu par les turcs a le vent en poupe et s’apprête à conquérir le territoire tenu jusque là par le général Haftar. Comme le GNA est soutenu par les turcs, les égyptiens n’en veulent pas à leur frontière et sont soutenus dans ce sens par les émirats du golfe.

La position française est floue mais il apparaît que Macron ne veut surtout pas d’un GNA, marionnette d’Erdogan, tenant l’entièreté du territoire libyen et contrôlant ainsi l’immigration africaine vers l’Europe. Le président turc avec son armée de 500 000 soldats s’en fout un peu et a eu un comportement «extrêmement agressif» à l’encontre d’une des frégates françaises en Méditerranée, limite prêt à la bombarder. Emmanuel Macron déclare que “la Turquie joue en Libye un jeu dangereux et contrevient à tous ses engagements pris lors de la conférence de Berlin”. Il ose, après le rôle lamentable de la France dans la déstabilisation de la Libye, aussi appeler à ce «que cessent les ingérences étrangères et les actes unilatéraux de ceux qui prétendent gagner de nouvelles positions à la faveur de la guerre”. Facile alors pour Ankara de répondre: «Par le soutien qu’elle apporte depuis des années aux acteurs illégitimes, la France a une part de responsabilité importante dans la descente de la Libye dans le chaos. De ce point de vue, c’est en réalité la France qui joue un jeu dangereux».

D’un point de vue realpolitik, il ne serait surement pas mauvais que les musulmans se battent entre eux dans une guerre entre l’Egypte et la Turquie sur le territoire libyen. Seules les incessantes disputes entre tenants de l’islam l’empêchent de conquérir l’Europe. La France pourrait encore y participer dans le camp égyptien mais cela est de plus en plus compliqué. Compte tenu de l’entrisme turc dans l’hexagone plus le temps passe, moins elle est maître de son engagement avec le risque d’une large partie de la population sur son sol pro turcs et donc anti française.

La crise du coronavirus, la crise économique, la crise migratoire poussent inéluctablement à ce qu’il y ait une guerre. La Méditerranée pourrait en être le champ de bataille.

Frédéric Le Quer

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