Sevran

Par vendredi 30 mars 2018 Permalink 11

Une dame vivait paisiblement partagée entre son travail de couturière dans le quartier du Sentier à Paris et son pavillon de banlieue à Sevran. Elle aimait le petit jardin devant sa maison que de jolies fleurs égayaient et qu’un potager rendait utile. Elle l’aimait, oui, mais elle l’aimait tant qu’il faillit lui être fatale.

Un jour sur la place devant chez elle, des jeunes de la cité voisine décidèrent d’y jouer au football. Saine occupation, me direz-vous. Oui, mais saine jusqu’au moment où la liberté des uns s’arrête pour que celle des autres commence… Impossible de compter combien de fois le ballon passa au-dessus des grilles. Impossible! Et à chaque fois, la dame patiemment le renvoyait. Régulièrement il détruisait quelques plantations. Régulièrement elle tentait de réparer les dégâts. Puis un jour elle en eut assez et confisqua l’objet de ses désagréments. Que n’avait-elle fait là! Sa vie devint un enfer. Insultes. Bruits toute la nuit jusqu’à l’aube. Tags vengeurs sur la porte. Comme elle eut peur! Comme elle regretta son geste d’agacement. Si c’était à refaire jamais elle eut pris ce foutu ballon. Bien sûr, la dame alla au commissariat. Et elle en fit des mains courantes…. Elle en fit! Pour rien. Strictement pour rien. Jamais la police ne leva le petit doigt. Jamais. Aujourd’hui qu’elle a déménagé, elle se rappelle encore les mois d’angoisse qu’elle a passés. Et au début, la nuit, loin de ce quartier terrible, elle en faisait encore des cauchemars.

C’est ça Sevran quand on est blanc juif ou chrétien. C’est ça Sevran! Le maire est maintenant parti mais strictement rien ne changera. Trop tard. BFM, hier a fait un micro trottoir dans le centre ville. Il n’y a que là que les journalistes puissent aller… J’imagine après un long et laborieux travail d’investigation la chaîne de télé a trouvé deux jeunes filles blanches à interviewer sur Stéphane Gatignon, le maire démissionnaire. L’éloge funèbre fut catégorique et partagé: depuis quinze ans il n’avait rien fait!

Elles ont eu la dent dure. Gatignon ne pouvait strictement rien faire. Un monde venu d’ailleurs lui était imposé et ses idées politiques l’empêchaient de se formaliser. Inexorablement Sevran ne pouvait devenir qu’une zone sans droit. Sevran comme St Denis, Aubervilliers, Stains, La Courneuve, Villiers le Bel, Epinay, Villetaneuse, Garges les gonnesse, Ivry, Vitry, Le Kremlin Bicêtre, etc, etc, etc… Un jour très proche, il sera plus aisé de répertorier les zones respectant la loi de la république française!

Frédéric Le Quer