Sédentaires, nomades et errants

Par lundi 30 juillet 2018 Permalink 4

Aux dépens des sédentaires, la mondialisation glorifie les nomades. Devenue une forme de dictât, elle tente de mettre en avant ceux dont la vie se déroule à travers la planète quels qu’ils soient, confondant sciemment nomadisme et errance. Mais la victoire présente du nomadisme sur la sédentarisation cache mal le drame de l’errance. L’ultralibéralisme associé intellectuellement au nomadisme n’est gagnant que pour une infime partie de la population. Aussi s’agit-il de confondre le terme nomadisme avec celui d’errance, celle qui aboutit à implanter en occident un quart-monde dans lequel les gens s’enlisent dans une misère les entraînant vers l’opium de l’islam. L’errance est le remugle du nomadisme.

De tout temps le bonheur a été associé à la sédentarisation, à l’encrage culturel, à l’idée simple de se dire, on est chez soi. Quand Caïn est condamné par dieu à l’errance après le meurtre de son frère, il retrouve l’harmonie en s’implantant sur une terre qu’il fait sienne. La mondialisation qui pousse à l’errance, pousse au malheur mais elle avance masquée et fusionne le mot avec celui bien plus noble de nomadisme. Les gagnants de la mondialisation retrouvent des conditions de vie semblables sur n’importe quel endroit de la planète. Palaces et quartiers chics s’uniformisent dans toutes les grandes villes du monde offrant ainsi un ancrage culturel aux gens riches qui s’y croisent. La mobilité géographique se transforme ainsi pour une certaine caste en une sédentarisation matérielle et psychologique toujours rassurante grâce à une permanence que le nomade sait préserver. L’errance des populations perdues des pays pauvres met à mal la sédentarisation des peuples occidentaux. Quand, inéluctablement, les migrants, comme on les appelle maintenant, tentent d’asseoir une permanence là où ils se retrouvent un peu par hasard ou après ce benchmarking dont parle notre ministre de l’intérieur, les occidentaux qui les reçoivent,sont en position d’errants culturels. Sans même avoir bougé, ils ne sont plus chez eux. Débordés par les errants géographiques, ils errent eux-mêmes dans un malaise psychologique. La position de dépositaire d’une certaine permanence leur est déniée.

Si à travers l’histoire, les sédentaires ont toujours gagné, ceux-ci ne sont aujourd’hui pas ceux qu’on croit. Ils avancent déguisés en nomades pour faire accepter aux autres leur situation de précarité. L’errance intellectuelle et  géographique est le moyen de préserver les intérêts de nomades épanouis dans la mondialisation mais culturellement très sédentaires.

Frédéric Le Quer