Romain de Tirtoff dit Erté voit sa cote exploser

Par dimanche 11 avril 2021 Permalink 1

Nous avions déjà évoqué Erté (1892-1990) pour se rappeler, entre autres, d’une vente chez Bailly-Pommery & Voutier du 8 juin 2013 ou un millier de ses œuvres au sein de la collection Hélène Martini (1924-2017), propriétaire entre autres des Folies Bergères, avaient déjà été dispersées avec succès (je remets l’article sous celui-ci pour présenter l’artiste). Mais vus les résultats obtenus chez Ader ovv à Drouot fin mars de cette année et le nombre important de préemptions par des musées français lors de la dispersion des dessins de Erté de la succession Erté il est intéressant de remettre à jour la cote de l’artiste.

Quand de très nombreuses œuvres sont vendues comme en 2013, le marché s’aligne en général par la suite sur les prix obtenus à cette occasion. La cote est ainsi fixée pour un moment. Mais depuis on a vu par exemple l’engouement qu’avait suscité la vente des dessins de mode et de publicité de René Gruau, un peu dans la même veine que ceux de Erté, chez Yann Le Mouel à Drouot. C’était surement un signe favorable pour un genre qui met en exergue la femme, la mode, le dessin, les spectacles. Et puis bien sûr, les dessins qu’un artiste a conservés par-devers lui sa vie durant, présentent un intérêt supplémentaire pour mieux comprendre son oeuvre puisqu’il y a forcément quelque chose d’affectif dans ses choix. Alors citons quelques exemples d’adjudication!

La composition, en une, vers 1912, encre, gouache et peinture or, signée en bas à gauche, timbre de la succession, 32,5 x 25 cm, estimation entre 1500 et 2000 € fut bataillée jusqu’à 12 544 €. Ci-dessous, Hélène de Sparte – Folies Bergère, 1927, estimation 1200 à 1500 €, gouache sur carton, signée en bas à droite, datée, titrée et numérotée « 1276 et 1277 » au dos, timbres de l’atelier, 37,5 x 37,5 cm, fit 11 700 €.

Encore un exemple de dessin avec Vénus – Couverture pour Harper’s Bazaar – mai 1925, gouache, signée en bas à droite, datée, titrée et numérotée « 101 » au dos, timbres de l’atelier, (Petites usures en marge), 37 x 28 cm, qui fut adjugée 9 700 €.Il était aussi proposé quelques bronzes dont le prix dépassa aussi les attentes tout en étant un peu moins convoités que les dessins. L’un intitulé Je l’aime, 1988, épreuve en bronze à patine polychrome, signée, datée et numérotée « AP 1/12 » à l’arrière sur la terrasse, marque de l’éditeur « Sevenarts Ltd London », hauteur : 46 cm fit 3968 € pour une estimation entre 800 – 1000 €.Dernier exemple avec deux chats “The Fighting Cats”, Bronze à patine brune et or, Signé et numéroté « 1 » sur l’intérieur de la patte arrière d’un des chats, Fondeur « Fiorini London », Éditeur « Seven arts », 20 x 60 cm qui obtinrent 4476 €

Frédéric Le Quer

Le précédent article sur Erté;

Erté, initiales épelées en français de son vrai Romain de Tirtoff, est l’un des illustrateurs de mode les plus en vue du XXe siècle. L’aristocrate russe s’installe à Paris en 1912 où il commence par travailler pour le couturier Paul Poiret. Très vite il s’oriente vers la création de costumes de théâtre avec comme premières clientes Mata Hari ou Sarah Bernhardt! En 1915 Erté signe un contrat aux Etats-Unis avec le magazine Harper’s Bazaar, véritable institution de la mode et y impose “la silhouette longiligne et sinueuse d’une femme drapée dans des manteaux de velours rebrodés d’or et de perles, habillée de soie et de mousseline dansante”. L’artiste est aussi un grand décorateur pour la scène, les ballets, l’opéra, le music-hall et le cinéma. Tout l’intéresse et entre les deux guerres, des Folies Bergères à la Metropolitan Goldwin Mayer, rien ne lui est étranger. Les années 50 le verront briller au firmament des nuits parisiennes où il collabore à la création de spectacles des cabarets en vogue à l’époque. A 90 ans, ce touche à tout de génie se laisse encore photographier par Andy Warhgol à New York.

Un tel pedigree ne passe évidemment pas inaperçu dans les salles des ventes aux enchères et les gouaches de Erté restent bien prisées. L’image en une représente quelques dessins sur les 300 dispersés par la maison Bailly Pommery & Voutier à Drouot le 8 juin 2013 pour un total de 256.512 euros. La silhouette grise à droite de l’image est celle de Marilyn Monroe. Sur une feuille de 37 x 27 cm, elle fit 5 625 €. Autre exemple ci-dessous avec 8 dessins (2 reproduits) sous verre originaux, dont 7 signés à l’encre, portraits de 6 femmes et 2 hommes en costumes de scène, mine de plomb, gouache, avec parfois des rehauts de peinture argentée ou dorée, 24 x 11,5 cm, 26 x 10,5 cm, 24 x 20 cm, 25 x 13,5 cm, 24 x 8,5 cm, 25 x 10 cm, 35,5 x 20 cm, 30 x 17 cm, rares piqûres d’épingle qui firent chez Beausant Lefèvre ovv le 11 décembre 2019 autour de 3 300 €.

L’artiste excentrique que pouvait être Erté a décoré un château dont les meubles ont récemment été dispersés avec succès par la maison Marc-Arthur Kohn à Drouot. Les deux curieuses armoires de chaque coté de la pièce, une création Erté, gainées de cuir à décor clouté agrémentées de bois de cervidés ou de cornes, 260 x 208 x 83 cm, furent vendues 37 500 €.

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