Réveillon à la Comédie-Française

Par lundi 1 janvier 2018 Permalink 1

Après les affres du réveillon de l’année dernière (voir https://politiqart.com/peur-pour-le-reveillon-du-jour-de-lan/ ), il n’était pas question de se “promener” hier soir à pied dans Paris. J’ai pris des places à la Comédie-Française où je me rends en voiture. Aucun problème pour se garer. En avance. C’est l’occasion de visiter tranquillement les parties accessibles au public de l’illustre bâtiment. Chaises et bergères sont à disposition dans les allées. Au bout de l’une d’elle, le fauteuil de Molière utilisé pour “Le malade imaginaire” avec un dossier réglable qui bascule sans cependant faire bouger les accoudoirs, une traverse en H très XVIIe, un cuir plus que fatigué. Splendide objet. Enfin la salle de spectacle ouvre ses portes. Les places sont en haut mais face à la scène.

La tempête de Shakespeare. En noir et blanc et costume cravate. Bizarre. Des images diffusés servent de décor à une scène trapézoïdale. Comme je suis loin, j’ai du mal à bien différencier les protagonistes tous vêtus à l’identique. L’effet des vagues qui ont l’air d’échouer sur les planches est réussi. Il faut vous dire que l’action se passe dans une île… Presque déserte. Une lutte pour le pouvoir entre naufragés d’où la symbolique des costumes cravates, j’imagine… Mais quand même, des naufragés habillés ainsi? En plus de la mer, il y a parfois des visages diffusées comme dans un film rappelant les années 50 ou 40. Le point Godwin, je me dis intérieurement mais on y échappe! L’impression que le metteur en scène a eu peur de nous jouer Koh lanta est prégnante. Alors pour ne pas tomber dans le panneau, tout est gris, austère. D’une économie de moyen qui rappelle une modernité datant déjà des années 60! Au point de trahir Shakespeare! Quand l’auteur parle d’épées les acteurs sortent de méchants couteaux. Quand il parle de grotte pour situer l’action, les acteurs sont, sont… on ne sait où ils sont, mais rien ne ressemble de près ou de loin à une grotte. Même au début, Prospéro, le personnage principal est sur un lit d’hôpital! On se demande bien pourquoi vu qu’il prépare sa vengeance… Affaibli pourquoi pas mais surement pas mourant. Mauvaise piste. A deux reprises au cours de la pièce, pour rythmer les coups de théâtre vraisemblablement, un bruit terrible secoue l’auditoire. Digne de l’effet sensurround du film “Tremblement de terre” (les plus vieux me comprendront!). Les gros bruits, le metteur en scène aime ça apparemment parce qu’il y a aussi celui correspondant aux déchets plastiques qui dégringolent en masse sur la scène. C’est le coté militant écolo de Shakespeare qui est mis en exergue avec pour ceux qui n’auraient pas compris des images diffusées en fond de scène montrant la mer charriant des immondices pendant un long moment… Sinon, Prospéro, Michel Vuillermoz, le rôle principal, sensationnel! Tous les acteurs sont bons d’ailleurs. On est à la Comédie-Française, nom d’un chien! Diction parfaite, jeu excellent, assez physique d’ailleurs. Un petit bémol pour la jeune première qui embrasse plus fougueusement le jeune premier qu’elle ne joue Shakespeare! Un autre bémol aussi avec un long récitatif dans la deuxième partie qui est filmé comme au cinéma. C’est laborieux. Le jeu est assez convenu. Et puis on n’est pas là pour voir un film…

Malgré la mise en scène farfelue, l’entracte arrive sans qu’on ne se soit ennuyé et le final aussi. Concernant les à-cotés, la coupe de champ’, c’est 11€. Un euro de trop, ça fait mesquin. Le barman se bat pour rendre la monnaie. Concernant la soirée, je me suis dit qu’on irait plus souvent à la Comédie-Française!

Frédéric Le Quer