Réforme des retraites et grève

Par mercredi 11 décembre 2019 Permalink 1

Le mouvement social concernant les retraites pour la SNCF et la RATP mais qui revêt un caractère bien plus large pour les autres professions continue d’être particulièrement hystérisé par le gouvernement et ses médias. Tous les jours, il est question de scènes de cohue dans le métro qui ressemblent à d’effrayants mouvements de foule dont on se demande comment les usagers sortent indemnes. Des gares bondées avec des escaliers, des couloirs et des quais envahis font le miel d’une information paresseuse. Et bien sûr le grand embouteillage à la Luigi Comencini dans lequel les reporters insatiables se précipitent avec gourmandise pour bien respirer l’air du temps et des pots d’échappement, est partager avec celui qui ne bouge pas et reste chez lui, tranquille. Une fois le tableau bien ébauché, il est enfin question du petit commerçant des Champs Elysées (lol!) au bord de la faillite. Le ton se fait grave. Gouvernement et médias, l’œil humide, se penchent sur le sort des victimes des syndicats irresponsables (pléonasme!).

Mais au cas où tout ça ne serait pas suffisant pour démontrer l’horrible situation des français pendant cette grève, le président de la république n’hésite pas à en rajouter en fermant tout le huitième arrondissement de Paris lors des défilés. S’il est inutile de boucler le septième puisque le palais Bourbon est déserté par les députés préférant rester planqués loin des citoyens qu’ils sont pourtant sensés représenter, Emmanuel Macron, la peur au ventre, se protège par une armée de CRS qui élève des grilles dans chaque rue pour empêcher la libre circulation. La manif de la CGT a beau être à 10 km de la rue Saint Honoré, on n’est jamais trop prudent… Et le chef d’état de bien s’isoler pendant que d’inextricables bouchons se créent de Bastille à la porte d’Asnières! Les médias se gardent évidemment d’en parler. On sent que le CRS de base est un peu éberlué face à ce qu’on lui demande de faire et compense par une extrême amabilité vis à vis des gens qui l’interrogent.

Voila donc l’état de la capitale française quelques mois après les gilets jaunes. Un étranger qui reviendrait en ayant sauté le court moment d’accalmie, penserait que décidément en France rien ne change. Et il aurait raison. La contestation continuera d’être un exutoire à la désespérance tant que la démission de Macron ne sera pas sur la table. Les gens ne lui font pas confiance. Tout ce qu’il fait sent le mensonge, la magouille et la manipulation des masses pour mieux favoriser encore et toujours la classe sociale des riches qui l’a mis au pouvoir. Le cas Delevoye est assez symptomatique de l’hypocrisie gouvernementale puisque le ministre en tant qu’administrateur de l’IFPASS, était accessible au lobbyisme des assureurs, dont certains ont intérêt au développement des fonds de pension. Retraite à point, retraite par capitalisation, la frontière devient alors très floue, d’autant plus que lorsqu’on explique au travailleur qu’il devra acheter des points pour avoir une retraite, celui qui n’arrive déjà pas à boucler ses fins de mois se demande comment il va bien pouvoir faire…

La situation se dégrade dans le pays. Aucune réforme ne pourra se faire sans une mise en perspective drastique des distributions de dividendes, en sachant qu’ils sont en France les plus généreux, et les salaires qui stagnent ou régressent, ceci expliquant cela. Le partage des richesses, c’est la bonne question qu’il est interdit de poser.

Frédéric Le Quer

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