Pierre Molinier (1900-1976)

Par samedi 10 novembre 2018 Permalink 1

Hier à Drouot, étaient présentées quelques unes des petites photos du peintre et photographe Pierre Molinier. Même si son travail demeure méconnu du grand public, les enchères allèrent bon train.

Pierre Molinier est ce qu’on pourrait appeler trivialement un obsédé sexuel. Sa création artistique tourne souvent autour d’un érotisme particulièrement cru. Girondin, le groupe d’artiste bordelais auquel il participe à ses débuts, le blackboule lors d’une exposition commune du fait de ses travaux estimés particulièrement choquants. Son travail pictural est aujourd’hui bien coté comme le montre l’image en une, Comtesse Midralgar – Huile, 1950, technique mixte sur papier marouflé sur toile de jute montée sur châssis,80 x 66 cm, vendu chez Jorom Derem svv pas loin de 60 000 €.

C’est seulement ensuite qu’il fit de la photographie se mettant en scène dans des attitudes pornographiques, travesti en femme aux bas nylon. Ses photos sont de la taille d’une carte de visite. Il les monte lui-même, il les tire lui-même en noir et blanc. Celle ci-dessous Bordeaux, janvier 1960. 17,7 x 13 cm, photographie originale, tirage d’époque représentant Molinier de dos avec l’éperon d’amour sur un fauteuil, texte autographe à pleine page à l’encre signé par Pierre Molinier au verso et adressé à Gérard Legrand: «L’érotisme est essentiel en nous», fit presque 5000 € chez Drouot Estimation hier le 10 novembre 2018.

La taille des photographies fait partie du mythe Molinier. Un peu comme “L’origine du monde”, c’est le genre d’objet que les amateurs avertis se montrent dans des cabinets particuliers. Un autre exemple, Le Chaman – Photomontage découpé, 1967, tirage argentique d’époque sur Agfa doux, délinéé, découpé et collé sur carton, planche 1 du Chaman et ses créatures. 18 x 13 cm qui chez Joron Derem Svv le 14 novembre 2016 à Drouot approcha des 19 000 €.

Molinier décida de se suicider quand son désir sexuel disparut. Réglant soigneusement toutes ses affaires en prenant bien soin de son chat qui devait après sa mort continuer à vivre au mieux, il mit fin à ses jours d’une balle de pistolet dans la bouche à 76 ans. Le très sage autoportrait au chat ci-dessous, vers 1970 ne fit, chez Artcurial, lors de la dispersion de la collection Emmanuelle Arsan en 2015, que quelques centaines d’euros.

Frédéric Le Quer