Paul Signac (1863-1935)

Par samedi 23 janvier 2021 Permalink 1

Paul Signac prend en charge après la mort de Georges Seurat qu’il admirait, les destinées du néo-impressionnisme (soit, pour faire simple, le pointillisme). Sa femme Berthe préserve après la mort de son mari son héritage artistique. Comme l’artiste est mondialement connu, il sera plus drôle de s’intéresser à sa vie conjugale.

Sa femme de la famille Pissaro ne fut guère ménagée par son mari. Lisons des extraits de lettres de celui-ci reprises par “La Gazette Drouot” du 15 février 2019.

“J’ai vu avec émotion que l’idée du petit être qui va venir t’attendrissait davantage qu’aux premiers jours. (…). “Celui qui va venir, tu l’aimeras j’en suis sûr, comme étant de moi.” Ces phrases sont écrites la veille de la naissance de l’enfant illégitime que Signac a fait à sa voisine l’artiste Jeanne Desgranges qui abandonne pour lui mari et enfants. Plus tard: “Je t’embrasse encore plus tendrement que d’habitude. Hier à 11 heures est venue au monde une grosse petite fille de 6 kg…” (…) ” Voilà mon bon vieux (le tendre surnom que Signac donnait à sa femme!), j’espère que la venue au monde de ce petit être nous apportera à toi et à moi un peu de bonheur et contribuera à fortifier la tendresse qui nous unit si étroitement tous les deux. (…) Surtout ne pas voir dans cette naissance quelque chose qui ne te soit pas favorable. Tu sais combien je t’aime”. Ben voyons!

L’épouse bafouée excuse son mari, voyant dans ses actes les théories stendhaliennes de l’amour (!) mais par la suite exige sur les conseils de Marthe Bonnard, son amie, la femme du peintre Pierre Bonnard plus ou moins dans la même situation conjugale, de recevoir les mêmes cadeaux qu’il fait à sa maîtresse. Un exemple de missive de Berthe: “Même si tu te décidais pour un manteau de fourrure, il ne faudrait à aucun prix acheter de la taupe (…) Consulte Marthe Bonnard, je me souviens qu’elle gémissait beaucoup au sujet de son manteau de taupe et je sais qu’un gilet en taupe – Monet en avait un – n’est pas solide.”

Berthe finit par adopter Ginette, l’enfant de Jeanne et de son époux, pour des questions de succession. Signac pour l’y inciter lui écrit: ” Héritant de toi ou de moi à titre étranger, qu’est-ce qui lui resterait, le fisc prélevant 80% sur cette sorte d’héritage”, mais plus loin il demande “Mêle cet enfant à ta vie davantage, aime-la bien. Elle t’aime. Je te l’affirme.” Si le sort de la vraie mère ne semble pas compter devant ces intérêts supérieurs, les deux voisines deviendront néanmoins amies après la mort de Paul Signac et marcheront toute deux devant le cercueil du peintre. A la mort de Berthe en 1942, Jeanne Desgranges s’installe définitivement dans la propriété des époux Signac à St Tropez.

Quant aux œuvres de Signac sur le marché, si les huiles sont rarement vendues en France, des dessins passent de temps en temps. Il fallait compter avant hier chez Millon à Paris dans une vente en direct sur internet environ 20 283 € pour s’offrir  l’aquarelle et mine de plomb en une située à Ajaccio et datée 1935, 28 x 43,6 cm. Ci-dessous, “Barfleur”, une aquarelle datée du 22 juin 1930, 28 x 43 cm fut adjugée chez Honfleur enchères ovv 31 400 € en janvier 2017.

Vous remarquerez avec moi comme on est loin dans ces tableaux de l’esprit divisionniste. Les amateurs achètent un nom…

Frédéric Le Quer

 

Laisser un commentaire ?