#pasdevague

Par mardi 23 octobre 2018 Permalink 1

Alors que Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation, semble désemparé face à la colère collective des enseignants qui s’exprime sur tweeter par le #pasdevague, quelques médias, fidèles serviteurs du pouvoir tentent maintenant de discréditer l’enseignante braquée. Ainsi France Bleu, radio d’état au service du gouvernement, laisse se diffuser des anecdotes à propos de la soi-disant incompétence de la professeure. “Ils m’ont dit que c’était tous les jours comme ça avec cette enseignante” ou “Il semblerait que, vraiment, ils ont l’habitude de rigoler avec cette prof et d’avoir des familiarités avec elle” sont les témoignages de parents récoltés complaisamment par les journalistes du service public apparaissant comme une façon de dédouaner l’agresseur. Et en plus, “la prof regardait les élèves presqu’amusée” insiste la radio.

C’est quasiment un procès stalinien qui est fait à cette enseignante de biotechnologie de 60 ans qui se coltine tous les jours une bande de  voyous. Insidieusement, l’agressée devient coupable de l’être. Un certain sexisme affleure aussi dans cette histoire. Et pourtant cette femme à qui certains reprochent son stoïcisme, ne se pose à aucun moment en victime. Désabusée, ironique même, mais pas victime. Elle ne joue pas. Elle n’est pas à la télé. Elle affronte juste un événement de plus dans son métier à risque de manière à ne pas être physiquement blessée. Et elle s’en sort. Le misérable sottement content d’avoir été marqué présent à un cour qu’il a quitté en plein milieu, ne la frappera pas.

On voit que tous ses collègues comprennent bien ce que l’enseignante a vécu. Ils sont solidaires parce qu’eux aussi font preuve à chaque fois de la plus grande maîtrise pour ne pas finir à l’hôpital. Ils n’ont pas le choix: leur hiérarchie ne les soutient pas. France Culture, radio capable encore de dire des vérités, avoue les faits suivants:

  • à l’exclamation “Sale pute”, la principale répond à la prof qui s’en plaint: “Vous avez peut-être mal entendu car ce n’est pas sa version des faits”.
  • à une main aux fesses dans le couloir, le proviseur demande à la professeure d’arrêter de s’habiller comme ses élèves.
  • à un parent qui menace de péter la gueule à un professeur au portail, la hiérarchie demande à ce dernier s’il a essayé de prendre rendez-vous avec lui.

On n’assiste ici même pas à la faillite d’un système ou d’une idéologie mais à son point d’acmé. Il s’agit avant tout de la part du pouvoir de laisser une certaine partie de la population dans la fange, quitte à ce qu’elle contamine largement. Les ploutocrates dont les rejetons ne fréquentent pas les mêmes établissements scolaires, ne sont pas, eux, directement concernés et peuvent ainsi se perpétuer de génération en génération.

Frédéric Le Quer