Non vaccinés

Par vendredi 16 juillet 2021 Permalink 1

Les bourres-pifs volaient bas à l’entrée de la pizzeria qui, le vendredi soir, faisait aussi karaoké. La nuit était déjà tombée en cette mi octobre pluvieuse. Des clients à l’intérieur du restaurant observaient l’émeute en cours. Il y avait les jeunes filles un peu à l’écart qui tenaient les fringues des garçons. Il y avait une quinzaine de garçons qui se fracassaient contre la milice engagée par le restaurateur pour empêcher d’entrer ceux qui n’avaient pas cousu sur leur vêtement le fameux passe sanitaire devenu lumineux pour mieux distinguer les vaccinés des autres, ceux dont le vêtement restait terne. Des scientifiques venaient d’avoir l’idée d’ajouter au vaccin une solution fluorescente qui devait permettre à la peau des personnes vaccinées de briller et le gouvernement emballé s’apprêtait à exiger l’utilisation de ce sérum. Non seulement cela empêcherait les fastidieux travaux de couture devenus une obligation pour pouvoir sortir mais éviterait aussi les faux ausweis sanitaires qui fleurissaient au marché noir.

Mais qu’était-il passé par la tête de ces jeunes non vaccinés pour vouloir à tout prix manger une pizza et chanter des chansons? Ils n’en avaient absolument pas le droit. Emmanuel Macron avait été très clair annonçant même que bientôt il ferait tirer sur la foule quand elle voudrait enfreindre la loi. Une partie de la population déclarait avec l’aide des médias que c’était très bien et absolument pas attentatoire aux libertés, pensant qu’il fallait en finir avec les non vaccinés. Une autre partie trouvait cette solution finale un peu fort de café. Mais en attendant les rafales de mitraillettes, les jeunes avaient voulu une dernière fois faire la fête comptant sur la compréhension du restaurateur habituellement sympa.

Mais ce soir là il n’était plus sympa du tout. Pour payer les quarante cinq mille euros d’amendes dont il venait d’écoper, il avait dû hypothéquer son entreprise. En effet des clients avait lors d’un service dénoncé anonymement à la police la présence de deux non vaccinés, photos à l’appui. Le chef d’entreprise passa directement au tribunal. Le procureur en plus de l’amende exigea un an de prison ferme mais le juge que certains commentateurs trouvèrent laxiste, se contenta de la rançon sans peine d’incarcération. Le pauvre commerçant trop gentil était au bord de la faillite submergé par les dettes. Aussi avait-il pris ses précautions en engageant des hommes costauds pour dorénavant filtrer les entrées. Evidemment les jeunes le prirent mal et la bagarre commença.

Certes le restaurateur qui connaissait toute cette jeunesse, était bien embêté ; ça faisait longtemps qu’elle dépensait ses sous chez lui. Mais comme sa propre survie économique était en jeu, il se refusait à toute sensiblerie. D’ailleurs les clients présents dans la salle avaient pris fait et cause pour la milice contre les jeunes. Le clivage dans la population était de plus en plus radical. A chaque non vacciné sur le carreau les rires et les applaudissements retentissaient alors qu’un long soupir de déception montait quand les jeunes réussissaient à mettre KO un garde.

Enfin tout cela aurait pu continuer longtemps si quelqu’un n’avait pas appelé la police pour qu’elle fasse respecter la loi. Les gendarmes armés jusqu’aux dents arrivèrent, commencèrent par balancer des grenades lacrymogènes puis à grand coup de matraque vinrent à bout des jeunes qui avaient cru pouvoir un vendredi soir aller manger une pizza et chanter des chansons. En guise de festivités, tous finirent au ballon, y compris les filles.

Ce grave trouble à l’ordre public devrait être sévèrement condamné; Macron cherchant toujours plus à montrer son autorité parlait de réhabiliter par exemple le supplice de la roue sur les places publiques en trouvant l’exemplarité de ce genre de châtiment à mène d’inciter les récalcitrants à se faire vacciner. Les candidatures pour la formation de bourreau entièrement financée par l’état se multipliaient. Qu’on se le dise!

Frédéric Le Quer

 

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