Mon samedi avec les gilets jaunes.

Par samedi 5 janvier 2019 Permalink 1

Je pars rejoindre les gilets jaunes vers midi et demi devant la bourse. Un lieu un peu symbolique. 3 pelés, 4 tondus! Je commence à me dire, dépité, que Macron et ses médias ont eu raison de la mobilisation. Il parait que des cars sont bloqués aux péages autoroutiers pour les empêcher d’être à Paris. Je vois néanmoins des petits groupes d’une dizaine de personnes aller vers l’hôtel de Ville. Des provinciaux souvent qui regardent le plan de Paris pour bien se diriger. Je les accompagne sans grand espoir tant je suis déçu. Mais là vers 13h30, il y a déjà beaucoup de monde. La foule attend 14 h pour bouger. On a le temps de s’énerver en regardant les horribles bancs sur le parvis. Des planches, genre traverses de voie ferrée. Dire qu’on paie des impôts pour ça! Il peut leur rester des tunes après pour des cocktails! Quelques gendarmes gardent les sapins devant la mairie de Paris. Un voisin avec casque et masque me dit qu’on devrait leur rentrer dedans et tout saccager. “ça manque de fighting spirit”, conclut-il. Enfin le cortège se lance, traverse la Seine contraint et forcé par des CRS qui balancent déjà des grenades lacrymogène. Il passe devant Notre dame et arrive sur la rive gauche. “Et en même temps” (prends ça Macron!), des gens viennent de partout et le défilé devient monstrueux. Je n’exagère pas. Un monde fou. ça chante. ça scande. Toujours la Marseillaise mais avec d’autres airs qui servent à conspuer “Macron, tête de con, on vient te chercher” et aussi comme le semaine passée le slogan “Castaner, nique ta mère” a autant de succès que “Macron Démission”. Devant l’académie française, je décide de prendre un vélo pour rejoindre la tête du cortège. Et là je me rends vraiment compte. Je les vois les gilets jaunes de la rue de l’Université. Et je ne dépasse la manif que quand celle-ci est à l’arrêt rue de Solférino bloquée par des gendarmes et des CRS.

En fait de St Michel au musée d’Orsay les quais sont envahis de manifestants en rangs serrés, les uns sur les autres. Je fais le tour et je pose mon vélo à l’écart. Un garçon de café me voyant arboré mon gilet me crie bravo. Je lui souris et lève le pouce. Je me dirige vers le pont de la Concorde. Là, bien sûr, un autre cordon de CRS et de gendarmes. Décidément, c’est la convergence des luttes de leur coté! Une gendarmette, genre “Le gendarme et les gendarmettes” mémorable film avec de Funès, vient me proposer de passer de l’autre coté pour rejoindre les gilets jaunes. Je refuse. Je sais bien que si j’y vais je me retrouve bloqué comme la dernière fois sur le parvis de France télévision. Je lui dis d’ailleurs. ça ne lui plait pas. “Circulez alors, circulez!” Je circule de 10 mètres et j’observe ce qui se passe.
Tout est bouché par la police. Forcément la tension monte. Les manifestants sont dans un cul de sac. Toute issue, à part la solution de faire demi tour, leur est interdite! Après on s’étonnera que les gens soient énervés et cassent tout!
Après une telle après-midi, je suis complètement rassuré. Le mouvement n’est pas près de s’éteindre.

Frédéric Le Quer

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