Marseille en grand

Par vendredi 3 septembre 2021 Permalink 1

Un journaliste de Paris descendu à la gare St Charles venait interviewer les marseillais dans la rue à la suite du plan Marseille en grand décidé par Emmanuel Macron :

-Eh! Marius! Vous l’avez trouvé comment le président?

Personne ne répond à notre homme, le jeune Edmond de la Grille du Parc, entré immédiatement après des études assez médiocres à l’école de journalisme de Lille dans une chaîne d’info en continu grâce aux coucheries utiles de sa mère en étant passé devant 2500 C.V. sans avoir besoin du moindre entretien d’embauche.

-Marius? Alors?

Quelqu’un se retourne enfin curieux de cet individu qui s’époumonait dans la rue

-Quoi?

-Oui, je vous parle. Vous vous appelez bien Marius?

-Pas du tout.

-Alors c’est César?

-Non plus.

Edmond de la Grille du Parc était décontenancé. Toutes ses études lui avaient laissé penser qu’à Marseille les hommes s’appelaient Marius ou César. Plein de bonne volonté il se dit qu’à Lille, les connaissances sur Marseille devaient être approximatives. Puis il réfléchit avec sa culture woke qui représentait son squelette idéologique. “Il s’agit surement d’un transsexuel ou d’un non binaire” se dit-il et il essaya autre chose:

-C’est Fanny, n’est-ce pas? Excusez-moi!

L’individu au teint hâlé, aux cheveux noir coupés courts avec une barbe de quelques jour s’avança vers lui:

-Qu’est-ce tu veux?

-Je souhaitais, Fanny, vous interroger sur la visite d’Emmanuel Macron.

Notre journaliste commençait à s’inquiéter de l’air mauvais qu’avait pris le passant.

-Comment tu m’as appelé?

-Oui, excusez-moi! Evidemment vous pouvez tout à fait être transsexuel ou non binaire. Je n’ai strictement rien contre ça, au contraire… Alors Fanny qu’en pensez-vous?

Immédiatement, Edmond de la Grille du Parc qui s’était lamentablement enfoncé, se prit un bourre-pif et saigna du nez. Des gens arrivèrent. Mohamed, c’était le véritable nom de l’homme, expliqua que l’individu allongé par terre lui avait délibérément manqué de respect. Les badauds comprirent que l’affront avait dû être grave et pour faire bonne mesure certains flanquèrent quelques coups de pieds dans le ventre et la tête du pauvre journaliste. Celui-ci finit néanmoins par se redresser et encore plein de bonne volonté qui l’animait, avec l’enthousiasme du débutant, ânonna sa question en renonçant à tout excès de familiarité qu’il avait naïvement cru bon d’utiliser pour facilité les échanges avec une peuplade dont il ignorait tout:

-Quelqu’un peut-il me dire ce qu’il a pensé du séjour ici d’Emmanuel Macron?

Les personnes attroupées se regardèrent. Les femmes étaient habillés en boubou africain ou portaient des voiles islamiques. Elles rirent aux éclats en entendant l’accent d’Edmond. Les hommes étaient en djellaba ou juste vêtus de manière décontractée d’un short avec des claquettes et restaient plus sérieux.

-Quoi ça?

-Oui le président qui est venu passer 3 jours chez vous.

-T’étais au courant?

Mohamed s’était retourné vers une de ses relations.

-Ben non Momo; tu sais bien, moi j’ai fait mon business comme d’hab sans m’occuper de rien.

-C’est un babtou, on s’en fout de ce qu’il raconte, trancha un autre.

( Pour faciliter la lecture, les phrases des autochtones marseillais sont traduites en français)

-Qui ça?

-Ben… Macron

-Qu’est-ce qu’il voulait?

Mohamed s’était retourné vers sa victime en recherche d’explications qui pouvaient lui être utiles pour son trafic de drogue.

-Mais c’est justement ce que je suis venu vous demander. Que pensez-vous de ses annonces?

-Quelles annonces?

-Euh!

Edmond de la Grille du Parc lui-même n’avait pas bien compris les annonces du président. La raison véritable de cette visite présidentielle lui semblait assez obscure. Mais justement il se souvint tout à coup de la lutte contre le trafic de drogue.

-Qu’il essaye seulement de toucher à mon trafic c’t’enc… et je lui ni… sa race.

(une traduction fidèle à l’original ne permet pas de rester dans un français très châtié…)

Le journaliste comprit qu’il était au cœur du sujet mais qu’Emmanuel Macron n’avait pas du tout effrayé le dealer prêt à en découdre contre les menaces présidentielles pour mettre fin au trafic. Il lui vint à l’esprit une autre annonce sur l’école et se tourna vers les femmes dont certaines portaient un bébé dans le dos enveloppé dans des linges aux couleurs vives.

-Mesdames, les idées sur l’école d’Emmanuel Macron vous ont-elles séduites? Vous sentez-vous comprises?

Personne ne dit d’abord rien puis le sourire de l’une d’entre elles déclencha une hilarité générale. Edmond content de cette bonne humeur insista pour savoir si la primauté donnée aux élèves était une mesure éducative adéquate.

-Mais, Monsieur, nos enfants arrêtent l’école dès qu’ils peuvent alors on s’en fiche un peu.

Sur ce, la foule se dispersa laissant seul le journaliste tout penaud avant qu’il ait pu la questionner sur le logement et les milliards qui seraient injectés. Clopin clopant Edmond de la Grille du Parc s’engouffra dans la gare et prit le premier TGV pour Paris.

Frédéric Le Quer

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