Marie Bracquemond (1841-1916)

Par dimanche 19 décembre 2021 Permalink 2

En histoire de l’art, l’amour du dessin de préférence à la couleur (bataille artificielle s’il en est capable néanmoins de durer des siècles) correspond à une lignée de peintres qu’il est possible de faire partir de Michel-Ange, puis Nicolas Poussin, ensuite David et son élève Ingres. Ingres, pendant qu’il s’invectivait avec Delacroix, apôtre de la couleur, a eu de nombreux élèves, dont une dame qu’on redécouvre au XXIe siècle avec le regard appuyé et admirateur mis actuellement sur les femmes peintres du XIXe.

Marie Bracquemond, puisque c’est d’elle dont il s’agit, est plus sage que son maître qu’elle n’aime pas beaucoup: “La sévérité de Monsieur Ingres me glaçait… parce qu’il doutait du courage et de la persévérance des femmes dans le domaine de la peinture… il ne leur confiait que des peintures de fleurs, de fruits, des natures mortes, portraits ou scènes de genre”.

Foin de corps déformés, foin de sujets dont la plastique est subordonnée à la volonté du peintre. Marie Bracquemond n’est néanmoins pas si raisonnable que ça; même s’il lui est déjà assez dur à cette époque de se faire une place d’artiste dans ce milieu d’hommes, elle délaisse le classicisme académique pour épouser la cause révolutionnaire des impressionnistes choisissant la juxtaposition de touches de couleurs pour donner forme et volumes à ses sujets. Cette indépendance d’esprit n’est pas acceptée par son mari, Félix Bracquemond, lui-même artiste de renom, qui finira par réussir à l’étouffer complètement, artistiquement parlant, bien sûr.

“Son excessive modestie” eut donc raison pendant plus d’un siècle de la renommée qu’elle méritait en tant que l’une des quatre grandes peintres femmes impressionnistes avec Berthe Morisot, Mary Cassat, Blanche Hoschedé-Monet.

La maison Ferry proposait deux de ses œuvres à l’hôtel Drouot le 10 décembre 2021. 21 896 € étaient nécessaires pour s’offrir la jeune fille allongée en une, une huile sur toile, 73 x 100 cm provenant directement de la famille de l’artiste. De même provenance, le tableau ci-dessous, huile sur toile, 92 x 73 cm, faisait 22 540 €.

Pour finir deux beaux dessins de Marie Bracquemond. Le premier un pastel daté de 1911 (malgré son mari, elle continuait donc à travailler pour elle-même, pour son plaisir) présenté par Christie’s en 2008, 65,2 x 54,2 cm, qu’on pouvait s’offrir pour 1500 €. Le second, une plume et encre sépia sur vélin, 25 x 32,5 cm qui fut adjugé chez Ader à Drouot, 832 €.

Frédéric Le Quer

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