Manu et Alexandre

Par mardi 24 juillet 2018 Permalink 2

Alexandre a senti le coup venir. Peut-être son expérience avec Martine Aubry ou Arnaud Montebourg… Quand Manu s’est déclaré comme candidat à la présidence de la république, il l’a immédiatement suivi. Son discours, il s’en foutait un peu. Non, ce qu’il lui a plu, c’est ce que Manu représentait, ce que sa personne, sans que ce dernier ne s’en rendit même compte, irradiait. Manu était bourgeois jusqu’au bout des ongles. Tout, chez lui, prouvait le milieu dont il était issu. Argent, respectabilité, aisance intellectuelle. Il sentait français. Français haut de gamme. Manu était tout ce qu’Alexandre ne serait jamais.

Alexandre restait musulman mais une pointe d’envie l’animait. Son caractère ambitieux vit chez Manu la chance de sa vie.  Alors il la saisit. Inlassablement, il intervenait partout, tout le temps, se montrait aussi gentil avec Brigitte. Infatigablement, à n’importe quel moment, il se présentait près du candidat, s’agitait autour de lui repoussant tantôt une groupie trop passionnée ou tantôt le protégeant d’une foule trop empressée grâce son impressionnant gabarit. Ainsi Alexandre devint pour Manu une image familière, une image sécurisante, l’image de celui sur qui il pouvait se reposer.

Quant à Manu, il fut vite attiré par Alexandre. Ce dernier inculte mais psychologue, assez fin pour analyser l’entourage de celui qu’il servait, représentait ce que Manu ignorait du monde. Son genre voyou, hâbleur, son coté sur de soi, jamais loin de dégommer quiconque manquerait de respect au candidat président participèrent à l’engouement de Manu pour son homme de main. Alexandre était plus exotique que n’importe quelle île sous le vent en plein Pacifique. Tout du milieu du garde du corps était étranger à Manu. Tout son parcours était une énigme pour l’énarque, fils de médecin. Oh! certes, Manu se sentait bien supérieur à Alexandre mais Alexandre continuait à le troubler avec sa force et sa faconde qui le faisait respecter des autres naturellement.

Ainsi grandit l’intimité entre les deux hommes. Plus une journée se passait l’un sans l’autre. La sécurité du chef de l’état devint la chasse gardée de la canaille toujours présente, toujours disponible, toujours aux petits soins pour le couple présidentiel. Incontestablement Alexandre se donna du mal pour gagner le respect de Manu, son mentor mais en contrepartie, il vit ses conditions de vie matérielles se transformer. Il sut y faire pour réclamer chaque fois un peu plus et complaisamment Manu céda jusqu’à l’installer dans ses meubles en rénovant pour l’ex garde du corps un appartement quai Branly pour un coût de 180 000 €!

Alexandre était grisé. Alexandre se sentait invincible. La France était au pied de ce franco marocain venu de nulle part mais qui crut tenir quelques temps le monde entre ses mains. S’il a bien compris que Manu n’aimait pas le peuple, il n’a pas compris que la violence des mots était mieux acceptée que la violence des corps. Alors faire le coup de poing contre des manifestants, un premier mai en plus, fut sa façon d’être fidèle à Manu. Et le lendemain, Manu, ça le fit bien marrer de voir ces gens s’en prendre plein la tronche par son sbire! ça le fit bien marrer jusqu’à ce qu’il comprenne qu’en s’encanaillant avec Alexandre, le glas de sa république irréprochable avait sonné et son mandat serait à jamais entaché par ce lien qu’il ne s’expliquera pas a posteriori, sa liaison avec un pauvre.

Frédéric Le Quer