L’hôpital en pleine crise de nerf

Par mercredi 30 mai 2018 Permalink 3

“J’ai tenu parce que je savais qu’ à tout moment je pouvais me suicider”. Le médecin qui avouait hier, lors d’une émission sur France Culture à 22h15 (je mets l’heure pour ceux qui veulent la réécouter en replay) ce douloureux sentiment était victime de harcèlement professionnel au sein de son hôpital. La volonté étatique de rationalisation des coûts dans les CHU pietine les valeurs soignantes et se fait sur le dos du personnel de l’infirmière au professeur bac + x, créant un terrible malaise au sein de l’institution des hôpitaux publics d’où rien ne filtre habituellement. Il y a ceux qui s’adaptent aux contraintes administratives et ceux qui en sont victimes. Les premiers sont rarement les meilleurs en ce qui concerne la pratique de leur métier. Mais adoubés par les énarques qui dirigent dorénavant les hôpitaux, leur réussite professionnelle dépasse celle du laborieux professeur de médecine soucieux de ses patients.

L’aspect manichéen de cette description n’a hélas apparemment rien d’exagéré. Pire, elle est en deçà de la vérité puisque les consciencieux médecins hospitaliers se voient dorénavant harceler par leurs confrères plus prompts à se concentrer sur l’administratif envahissant que sur les malades. La malfaisance se développe comme dans n’importe quelle entreprise: on fait semblant de ne pas reconnaître un confrère dans un couloir, on oublie de le convier aux réunions, on change une serrure ou des codes d’accès sans l’en prévenir… Imaginez un peu l’état psychologique d’une personne ayant étudié avec acharnement pendant des années et qui se retrouve à subir une telle maltraitance! Et bien un exemple comme celui du jeune neurochirurgien de Grenoble en donne une idée. À 36 ans il s’est suicidé dans le bloc opératoire . Le rapport suite à ce drame met en cause la direction du CHU et constate le malêtre généralisé du personnel. Un ancien médecin a porté plainte pour harcèlement moral en décrivant à la presse ce que lui même avait subi lors de sa mise au placard. Mais à ce jour, personne au niveau de la direction n’a été sanctionné.

Les questions budgétaires et cette rigueur si chère à nos dirigeants sont directement responsables de la crise actuelle. Les médecins sont soumis à une rationalisation des soins qui non seulement n’apporte rien au malade mais nuit à son rétablissement. Le personnel soignant dans les hôpitaux vit de plus en plus mal un travail qui a plus pour objectif de consacrer sa vie au service de la rigueur budgétaire qu’au service de l’humanité.

Frédéric Le Quer