Les premiers de cordée

Par mercredi 13 mai 2020 Permalink 2

Le journal Le Monde, il y a peu, qualifiait les petites mains qui ont fait tourner la baraque France pendant le confinement de premiers de cordée. Ce n’était plus les patrons d’entreprise multimilliardaires qui tiraient le reste des français vers les joies du néolibéralisme. Non, il s’agissait dorénavant de la caissière de supermarché, de l’aide soignante, du vigile, du facteur parfois, du chauffeur routier qui étaient devenus les figures de proue d’un pays à l’arrêt qui, sans eux, se serait effondré complètement.

Mais alors, qu’en penser?

Ces travailleurs de l’ombre ont œuvré toutes ces semaines pour des clopinettes. Ils auraient pu demander un salaire triple ou quadruple pour aller au boulot, l’état se serait déballonné et aurait lâché sur toutes les revendications. Ils ne l’ont pas fait. Ils ne se rendaient tout simplement pas compte de leur utilité réel et les syndicats se sont bien gardés de la leur révéler.

C’est une occasion manquée de faire la révolution.

Un front contestataire uni aurait fait tomber le régime. Certes le pouvoir a été malin diffusant la peur plus que de raison afin qu’aucun français ne sorte du rang. Mais il suffisait de ne pas bouger justement pour tout changer. Mais la France a tenu grâce à des gens qui ont naïvement travaillé contre leur camp, contre leurs intérêts de classe, pour qu’une élite financière confinée dans je ne sais quelle île à cocotier conserve sa main mise sur le peuple.

La France n’avait pas de Lénine ou de Trotski pour penser la révolution. La France n’avait plus de Diderot, Voltaire ou Rousseau pour comprendre l’oppression.

Le plat ne repassera pas deux fois. Toutes les menaces de reconfinement sont entièrement bidons. Les travailleurs français ont loupé le coche parce que aucun de ceux qui les représentent, n’a vraiment intérêt à voir bouger les lignes, trop bourgeoisement installé dans sa petite vie pénarde. Les menaces du gouvernement issues d’un coronavirus réactivé sont des menaces en l’air. L’histoire est terminée pour le moment. Mais remercier ceux qui ont fait tourner la France est d’une ironie sarcastique. Les pauvres sont les dindons de la farce.

Frédéric Le Quer

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