Le nouveau grand clivage

Par jeudi 5 février 2015 Permalink 21

L’exemple d’Alain Juppé, évoqué hier, montre les évolutions intellectuelles de la vie politique et les conséquences sur les stratégies d’accès au pouvoir. Quand les nouveaux clivages ont été appréhendés, il devient évident que la proposition partisane existante est archaïque et son maintien ne fait que troubler un électeur désarçonné par le manque de clarté de l’offre.

En effet, le choix entre UMP et PS n’en est plus un depuis longtemps; Jean-Marie Le Pen fut le premier à le dénoncer et maintenant tout le monde s’accorde à le constater en catimini. Le maintien de ce leurre est cependant utile à la perpétuation de la classe dirigeante actuelle se targuant de faux changements, d’alternances illusoires, pour, en fait, pouvoir plus tranquillement imposer ce conservatisme par une tricherie qui sape les bases démocratiques du pays.

Le clivage, si il n’est pas toujours très clair est pourtant parfaitement net. D’un coté des hommes politiques qui s’inscrivent dans la continuité du traité de Maastricht et des suivants, de l’autre ceux qui se veulent en rupture avec cette idéologie. Le traité de Nice, permettant l’élargissement de l’Union Européenne que l’on connait marque de façon décisive le nouveau jeu politique depuis quatorze ans. Et l’Europe au lieu de se consolider, s’est inexorablement, définitivement étiolée en se construisant à coté des mentalités citoyennes européennes.

Les accords de Schengen par exemple qui avaient été signés seulement par cinq pays et qui pouvaient à l’époque, en 1985, prendre le sens d’une coopération plus étroite, sont au fil du temps devenus une aberration jetant les peuples dans la plus totale insécurité. La possibilité pour chacun de protéger ses frontières est un clivage essentiel, qui traverse tous les partis, avec ceux qui ne considèrent plus un pays dans son acception physique, géographique et donc ne voit pas d’inconvénients à voir arriver le monde entier sur le territoire national.

L’€, aussi, forcément, qui en interdisant les dévaluations compétitives, appauvrit les débiteurs en enrichissant inexorablement les rentiers, est devenu le problème économique majeur de tous les pays du sud de l’Europe. Le clivage, complètement essentiel, se retrouve aussi bien au PS qu’à l’UMP mais il est gardé sous le boisseau, minimisé, parce qu’une carrière politique ne peut se concevoir sans l’aide des médias dépendant maintenant tous de capitaines d’industrie complètement favorables à la monnaie unique.

Le souverainisme est donc le nouveau grand clivage des idées politiques partout en Europe. Parce qu’il correspond au bout du bout à une guerre entre les élites et les citoyens, il est discrédité autant que possible. Mais il fait son chemin dans toutes les familles politiques, en sourdine, un peu honteusement. Alors ceux qui ont le courage de s’en revendiquer haut et fort deviennent les hérauts d’un peuple qui se croyait définitivement abandonné.

Frédéric Le Quer

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