Les chercheurs dans le collimateur

Par jeudi 26 décembre 2019 Permalink 1

“Des chercheurs qui cherchent, on en trouve. Mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche…” De Gaulle aurait prononcé cette phrase lors d’une visite au CNRS à une époque où l’on déplorait le manque d’inventivité des chercheurs. Certains disent que cette assertion n’est qu’une invention. Possible. Sa politique a mis en application un principe exactement contraire: subventionner massivement la recherche et préserver la liberté de pensée des chercheurs. Seule une subvention généreuse de l’Etat et non conditionnée à des engagements devait permettre de nourrir une activité scientifique riche et bénéfique à l’intérêt public. Mieux, l’application trop étroite de principes gestionnaires risquait d’après le premier président de la Ve république de brimer la réflexion scientifique fondamentale. “Il n’y a aucune raison pour que la France n’enfante pas demain, comme elle l’a fait hier, de ces hommes exceptionnels.” Et le grand écrivain de reconnaître aisément: “Tout peut dépendre, tout à coup, de l’éclair imprévu et imprévisible qui jaillit d’un cerveau.”

Emmanuel Macron et le président du CNRS Antoine Petit veulent, eux, évaluer dorénavant les chercheurs en fonction de leur productivité. Des médias comme Le Monde, L’usine Nouvelle ou France Culture (le replay de 7h ce matin à ce propos a été censuré!!!) relaient l’inquiétude de la profession face à cette exigence de productivité. Et intuitivement on ne peut s’empêcher de penser avec De Gaulle que l’éclair de génie ne se programme pas et tombe comme une grâce venue de paramètres tenant incontestablement du hasard. Newton ne faisait-il pas la sieste sous un arbre fruitier quand un pomme lui est tombée dessus et qu’il échafauda la théorie de la gravitation universelle? Mais le coût de la recherche scientifique pour les citoyens à l’heure où l’argent de la BCE ne vaut pourtant plus rien, est mis en avant avec démagogie. Efficacité, rendement, discrimination entre telle ou telle secteur ( vue alors forcément à court terme) sont les piliers de la loi à venir.

Le président Macron à qui on demande une vision pour le pays, un souffle pour transcender son devenir, une âme pour mobiliser un peuple, ne reste quelque soit le sujet qu’un petit cost killer impitoyable et borné qui remplace l’épique disposition à briller pour l’histoire par la vue basse d’un chef médiocre aux méthodes à la France Telecom.

Frédéric Le Quer

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