L’enterrement de Johnny Hallyday

Par samedi 9 décembre 2017 Permalink 3

Parallèlement à l’enterrement de Johnny Hallyday, l’impression d’avoir assisté à l’ultime soubresaut du peuple français est prégnante. La beauté du moment, sa classe, vraie classe, celle des gens qui sont venus sans faire de bruit, témoignant simplement d’une certaine idée de la France, a transcendé cette journée. Mais qui était là?SAM_5548

Uniquement les français des années soixante dix et leurs descendants. Uniquement eux. Une France qu’on ne voit plus. Une France aux souvenirs communs, partagés, qui fait peuple. Des gens en osmose à la culture similaire. Ils sont venus pour Johnny? Sans doute, mais aussi ils ont manifesté le fait qu’ils existaient toujours. Aucun autre pays eut pu proposer le même spectacle parce qu’aucun autre pays n’a vu ses habitants aussi maltraités que celui-ci. Aucun ressortissant d’un autre pays n’a besoin de prouver son existence chez lui. A marche forcée, une population venue d’ailleurs a été ajoutée. Ajoutée. Juxtaposée. Elle ne sait jamais emparée des standarts français. Jamais. Aujourd’hui la France musulmane (France musulmane, dans quelques décennies cette expression sera un pléonasme!) n’était pas représentée. Ce n’était pas son affaire. Pire, les français qui étaient sur les Champs sont ceux qu’on veut voir disparaître. Disparaître vite. Envahis. Submergés par les autres.SAM_5535

Archi culpabilisée d’exister, cette France des années soixante dix a saisi l’occasion de la mort d’un chanteur pour se montrer sans qu’elle ait l’air d’exclure. L’occasion ne se représentera plus. Mais cette occasion était formidable d’autant plus que l’organisation était réussie. Réussie car elle se faisait oublier et seul le silence des rues hurlait la rareté du moment et la présence massive des français. Des français de “dans le temps” qui avaient le droit d’être ensemble encore une fois. Grâce à Johnny. Mais Johnny n’était-il pas qu’un prétexte à cette très politique journée ?
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Frédéric Le Quer