Le trésor de Sigena

Par Mercredi 13 décembre 2017 Permalink 6

Le patrimoine culturel a décidément une importance bien plus grande que celle qu’on voudrait nous faire accepter. Une sombre affaire en Espagne est de ce point de vue révélatrice. Au grand dam des catalans, des œuvres muséales constituant le trésor de Sigena viennent de leur être repris de force sur ordre de Madrid pour retourner en Aragon. “Retourner” parce que c’est dans cette région qu’il avait été constitué par l’église. Mais les sœurs de l’ordre de Malte devenues dépositaires l’avaient vendu au gouvernement catalan, région où il avait été caché pendant la guerre civile espagnole. Une longue procédure juridique s’engage à propos de ces biens qualifiés de “monument national” qui vient de se terminer par leur “spoliation” pour reprendre le terme choisi par les indépendantiste catalans, par l’Espagne qui a décidé que la vente des bonnes sœurs était illégale.

La valeur de ce trésor composé de 44 pièces datant du Moyen Age et de la Renaissance incluant des cercueils de bois entièrement peints, des hauts reliefs d’albâtre du XVIème siècle, des retables et une vingtaines de toiles vaudrait d’après El Pais surtout pour les cercueils. Peu importe, les médias ne cherchent d’ailleurs pas à nous montrer des images des œuvres! L’art d’il y a des siècles cristallise les passions et c’est juste ce qui intéresse. Rien de ridicule à cela. Deux régions veulent être les gardiennes d’un passé glorieux, d’un bout de l’histoire de l’art de la péninsule ibérique. Derrière les provinces, il y a les hommes, des hommes attachés à leurs racines, à leur patrimoine, une population fière de ce qu’elle a engendré, patriote et admirative de ses ancêtres.

Evidemment cette histoire ne va pas aider Madrid à gagner les élections dans quelques jours! Mais sinon, cette anecdote est édifiante sen ce qui concerne la mentalité des populations en général. Un lointain pouvoir soi-disant moderne cherche à les déraciner coûte que coûte en faisant de l’argent la valeur fondamentale. Mais il apparaît toujours que bien plus que l’argent, la notion de fierté mène avant tout un peuple. Cette fierté naît d’abord de son histoire bien qu’on essaye de nous faire croire que la victoire d’un club de sport remplace n’importe quoi. C’est bidon. C’est prendre les gens pour des cons. Aragonais et catalans aujourd’hui se disputent une certaine idée de ce qu’ils ont été et de ce qu’ils sont encore. Peu importe qui a raison, cette embrouille sur le trésor de Sigena est leur honneur.

Frédéric Le Quer

Ps: en une le monastère Ste Marie de Sigena et ci-dessous un retable composant le trésorSAM_5608