Le Tour de France

Par samedi 29 août 2020 Permalink 1

C’est lorsque j’ai vu passer le mois de juillet sans le Tour de France que j’ai su que les jours heureux ne reviendraient pas. Et j’ai mal dormi. D’aucuns mettront en cause la chaleur. Je sais que ce n’est pas ça, mais le manque de ces après-midi, allongé sur le canapé devant la télévision, à surveiller dans les cols si un français allait enfin sortir du peloton encouragé par la foule excitée qui, disparus, ont sonné le glas de mon monde, celui d’une France éternelle avec la certitude de revoir chaque année la même chose au même moment. Rassuré, détendu et serein dans les étapes de plaine où il ne se passe rien, les plus belles selon moi parce qu’elles distillent un spleen quasiment romantique au cours duquel la conscience décroche et l’inconscient offre une sieste imméritée mais tellement agréable, donc rassuré par tous ces cyclistes épuisés par l’effort mais heureux d’être acclamés, je sais que le peuple français passionné comme moi par l’épreuve sportive, uni devant le petit écran, n’a pas encore totalement disparu et qu’avec un peu de chance il attendra ma mort avant de s’éteindre. Donc je m’endormais l’après-midi, calme et sans honte, pour m’éveiller parfois au moment délicieux où le héros du jour gratifié d’un maillot distinctif reçoit les tendres bisous d’une miss régionale et de sa colistière arrivée seconde au concours de beauté. Et de vieilles histoires affluaient parfois à mon esprit engourdi comme celle où je connus moi-même une miss qui me conta sur l’oreiller la fois où elle s’était permise, après la course, d’aller un peu plus loin qu’un simple baiser avec le champion auquel elle avait remis des fleurs et qui en gardait un bon souvenir comme si ça avait été pour elle aussi un jour de victoire! Folle jeunesse!

Mais ce temps là est perdu. Juillet est passé, les coureurs sont restés chez eux, les miss n’ont pas embrassé les champions sous le chaud soleil d’été. Pire, l’anti France réclame d’en finir avec les hôtesses du Tour. Alors quand j’entends que septembre remplacerait juillet, je sais bien que c’est impossible. Des spectateurs masqués courant, hurlant dans les oreilles des grimpeurs leurs encouragements étouffés avec l’obligation de ne pas oublier les gestes barrière seraient ridicules. Et la distribution des casquettes Cochonou dont sont tant friands les spectateurs sur le bord de la route, que va-t-elle devenir? Déjà que la disparition des bobs Ricard avait par beaucoup été vécue comme un drame… Non décidément ce Tour ne sera pas Le Tour. Et dire que le virus circulait moins en juillet que maintenant!

Frédéric Le Quer

 

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