Le temps béni de la colonisation!

Par mercredi 7 octobre 2020 Permalink 1

La repentance était comme toujours la grande affaire de France 2 dans son documentaire sur la colonisation de la Côte d’Ivoire, du Vietnam, de l’Algérie, de Madagascar, du Gabon. L’empire français y était honni avec acharnement. Rien n’était assez fort aux yeux des journalistes du service public payés par nos impôts pour esquinter un peu plus un pays déjà en lambeaux. Toutes les régions du globe qui avaient technologiquement, scientifiquement, plusieurs siècles de retard sur l’occident, qui n’avaient jamais franchi la porte de la modernité, étaient prises en pitié comme s’il n’était pas inéluctable qu’elles fussent dévorées par les plus forts. La dégringolade actuelle de certains pays d’Afrique retombés dans la superstition la plus obscurantiste, dans une religion fanatiquement suivie n’a jamais été mise en perspective. L’apport intellectuel pourtant incontestable du pays colonisateur n’a, à aucun moment, été mentionné.

Et pourtant le Vietnam, par exemple, ne rejette pas en bloc ce que le colonisateur français lui a apporté. Comme un pied de nez au programme de France 2, étaient vendu hier après midi à Drouot chez Coutau Bégarie ovv des œuvres de l’école des beaux arts de l’Indochine fondée en 1925 par Victor Tardieu et le peintre Nguyen Nam Son, dans la lignée de l’école nationale des beaux arts d’Alger. Elle a formé plusieurs générations d’artistes vietnamiens (et quelques étudiants laotiens et cambodgiens) à la peinture. Et aujourd’hui, bien loin de rejeter cette période de leur histoire, les vietnamiens s’arrachent ces tableaux métissés alliant à la fois les traditions picturales occidentales et celles d’Asie du sud-est pour obtenir un art spécifiquement vietnamien. Le tableau en une de Luong Xuan Nhi (1914-2006), École des beaux arts de l’Indochine, promotion 1937, Le jardin de bananiers (1939), huile sur toile, signée en bas à gauche, 71 x 49,5 cm, était disputé jusqu’à 100 000 € entre un téléphone et internet!

Entre les paroles de la vieille chanson de Sardou,”Autrefois à Colomb-Béchar, J’avais plein de serviteurs noirs Et quatre filles dans mon lit, Au temps béni des colonies.” et la pitoyable autoflagellation d’hier soir, un juste milieu reste à trouver pour appréhender intelligemment l’histoire du monde au XIXe et au XXe siècle.

Frédéric Le Quer

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