Le suicide devient un mode d’action militant

Par jeudi 14 novembre 2019 Permalink 4

Les Français découvrent, un brin éberlués, le suicide militant. On connaissait ce dramatique mode d’action chez les policiers, l’arme de service permettant aisément de mettre fin à ses jours, deux cas relatifs à l’éducation nationale font la une de l’actualité: celui de la directrice d’école et celui de l’étudiant.

Concernant la directrice d’école de Pantin, Christine Renon, le plus emblématique de la profession puisque accompagné d’une missive incendiaire, le ministre Blanquer a décidé d'”alléger et simplifier” le travail des fonctionnaires! En effet la lettre racontait l’épuisement et la solitude des directeurs d’école, l’accumulation de tâches “chronophages”, les réformes incessantes et contradictoires. Au cours de l’année scolaire 2018-2019, 58 agents de l’éducation nationale se sont suicidés, et onze depuis la rentrée de septembre, selon les données du ministère dévoilées le 6 novembre. Il était donc urgent d’essayer de désamorcer la grève de la fonction publique prévue le 5 décembre prochain dont les modalités sont encore floues. Il est néanmoins croustillant de voir que la grosse ficelle de plus de vacances pour calmer les profs marche toujours.

Concernant l’étudiant Anas K. (je ne sais pas pourquoi le nom d’un majeur est tu. Est-ce pour cacher son origine probablement marocaine avec un tel prénom?), triplant sa deuxième année d’étude, ses allocations avaient été suspendues. Révolté par cette cruauté d’état, il s’immole par le feu devant le crous “lieu politique”, écrit-il, pour dénoncer ses conditions de vie. Son geste a, si je puis dire, mis le feu aux poudres et est incontestablement capable d’ouvrir un nouveau front anti Macron, le front estudiantin, le plus difficile à canaliser.

Les effets délétères du travail (les études sont un peu la propédeutique du travail) apparaissent de plus en plus insoutenables pour la population. La souffrance d’aller au chagrin, pour employer un mot d’argot significatif, augmente considérablement. La société actuelle draine du mal-être. Si tous ces suicides le révèlent, la contestation sociale en avortant systématiquement aggrave le phénomène. Il est forcément accablant d’avoir l’impression que la politique menée ne changera jamais, que la lutte est vaine. L’espoir ne reviendra que d’une révolution réussie, c’est à dire d’un grand coup de balai généralisé concernant les caciques. Tant que les frondes réussissent à être réprimées, la détresse des individus croit. Les suicides aussi.

Frédéric Le Quer

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