Le peuple de quelque part est dans la rue

Par mercredi 18 décembre 2019 Permalink 1

Plus ou moins un million de français manifestaient hier à travers la France. Le chiffre est énorme compte tenu de la difficulté à se déplacer. Les revendications n’étaient à l’évidence pas que catégorielles. La réforme des retraites n’est qu’un prétexte. Le mécontentement est politique. La crédibilité des dirigeants est nulle. Quoiqu’ils fassent, ils mettront maintenant les français dans la rue.

A-t-on déjà connu une animosité envers un chef d’état et un gouvernement aussi forte? Voir la situation dans laquelle le pays se trouve à propos d’une réforme qui va être mise en place à la Saint Glinglin et qui aura le temps d’évoluer maintes fois d’ici là étonnerait quiconque ne verrait que la question des retraites dans le mécontentement. Le mal est beaucoup plus profond. Il est à ce propos intéressant de voir qui remplace Delevoye sur le dossier des retraites: un ancien dirigeant de chez Auchan! Les cadres supérieurs des multinationales deviennent le terreau où trouver les ministres. Et on nous dira après qu’il faut mieux rester dans le privé! Quelle blague! Ils frappent tous à la porte de l’état. Mais le citoyen ne veut pas voir la France dirigée par son patron. Il le connait trop. Il connait par cœur ses méthodes de cost killer. Et dorénavant les français sont effrayés par le risque de déclassement. Le casting gouvernemental dont les deux tiers sont des illustres inconnus, ne les rassure pas. Le mépris de Macron à leur égard encore moins. Par instinct de survie, ils se révoltent. L’esprit français réapparaît par magie. Les banlieues d’immigrés ne s’intéressent nullement à ce qui se passe dans le pays où ils vivent et sont naturellement absents des manifestations.

La mondialisation, l’Union Européenne et sa concurrence libre et non faussée qui soutient la réforme des retraites, leurs tenants comme Emmanuel Macron entraînent le niveau de vie des français vers le bas inéluctablement. Le souverainisme rassure tous ceux qui sont de quelques part pour reprendre les termes du sociologue anglais David Goodhart. Vous remarquerez au passage que Macron appelle, avec sa hargne sociale, le peuple de quelque part, les gens qui ne sont rien. Mais l’heure de leur revanche a sonné: ils reprennent en main la chose publique.

Frédéric Le Quer

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