Le chantier Notre-Dame

Par mercredi 5 juin 2019 Permalink 4

Le chantier de restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris n’en finit pas de créer des polémiques. Emmanuel Macron semble en avoir fait un vecteur de propagande pour son idéologie néolibérale. A travers de multiples dérogations aux règles strictes concernant la protection du patrimoine, il tente de montrer son efficacité pendant que de nombreux spécialistes y voit un abandon de nos vieilles pierres sur l’autel du profit, de la rentabilité, du marketing.

Le président de la république est prêt à offrir des passe-droits en matière de commande publique, d’urbanisme, de construction, de préservation du patrimoine pour atteindre son objectif de refaire une flèche en 5 ans. Le ministre de la culture voit, en cette loi Notre Dame, une expérimentation à l’échelle parisienne de ce qui pourra se généraliser sur l’ensemble du territoire français. La réglementation contraignante concernant nos monuments historiques sera probablement mise à mal pour une cause que les défenseurs du patrimoine détectent être la facilitation du business, l’appât du gain, sous couvert, bien sûr, de création d’emploi justifiant toutes les libéralisations.

Concernant la collecte de dons pour la restauration de Notre Dame, la Fondation du patrimoine clôt la souscription en en ouvrant une autre pour 2800 sites en France laissés à l’abandon. Cette initiative a l’heur d’exaspérer Macron alors que les promesses de dons étaient de 211 millions mais que seulement 13,5 millions ont été récupérés. L’émotion passée, il va, en effet, falloir ramer pour récupérer toute la différence… On sent comme une espèce de résistance de la part des hauts fonctionnaires, au volontarisme macronien se focalisant sur l’emblématique église tout en ignorant l’ensemble de nos chefs-d’oeuvre en péril. La plupart des conservateurs et historiens de l’art trouve ridicule et surtout très risquée sur le plan qualitatif cette échéance de 5 ans et s’organise donc pour la mettre à mal.

Enfin, il y a les promesses de don faramineuses de Arnaud, Pinault et Bettancourt. En dehors de la grotesque polémique pour savoir si leur argent n’irait pas mieux aux déshérités, strictement rien, pour le moment, n’a été versé. Sans doute sont-ils tous au taquet, cette année, pour ce qui est des avantages fiscaux en matière d’art et attendent-ils 2020 ou 2021 pour faire en sorte de bénéficier d’une défiscalisation. La générosité trouve décidément vite ses limites quand ce n’est pas l’état qui la finance!

Frédéric Le Quer