L’annonce du troisième confinement

Par jeudi 1 avril 2021 Permalink 1

Françaises, Français, tout ce que j’ai fait jusque là pour lutter contre le covid-19 était excellent (fier, le président se dresse sur la pointe des pieds).

Seuls à ne pas avoir confiner depuis janvier, vous et moi, nous comportons tels des poilus en 14 montant en première ligne. Ah! Quelle boucherie! C’est exaltant (sourire un rien sadique du président). Néanmoins à partir du week-end prochain, je décide de faire exactement l’inverse de ce que j’ai décidé en janvier. Troisième confinement généralisé. Je prends ainsi le coronavirus à contre-pied et le désarçonne efficacement. L’effet de surprise est une arme essentielle en temps de guerre (l’œil du président pétille de malignité).

Je verse tous les soirs des larmes sur l’extraordinaire personnel de santé que le monde entier nous envie (des trémolos dans la voix du président). Il est épuisé mais à l’image d’un marathonien continue de courir la langue pendante en se contorsionnant de manière inhumaine mais tellement courageuse. Pour la peine, à l’issue de l’épidémie car oui, les jours heureux reviendront, à l’issue de l’épidémie, je privatiserai une partie non négligeable des hôpitaux publics. Infirmières, infirmiers, docteurs, doctoresses (euh, doctoresses, le président hésite de peur de s’être planté de mot…), bref, vous toustes, ne me remerciez pas, non, le drame de l’hôpital public n’est pas votre échec et vous le prouverez en faisant gagner l’hôpital privé. En attendant, je décide unanimement, catégoriquement, urgemment, de passer de 7000 à 10000 lits de réanimation et de mandater un cabinet de consultants à qui j’exigerai un rapport avant Noel prochain qui coûtera très cher mais qui nous aidera à mieux faire face à l’épidémie l’année prochaine (le président redevenu énarque est dans son élément).

Oui décidément oui, les jours heureux reviendront un jour (le président a à cet instant le regard lointain et visionnaire), le jour où habillés de scaphandres nous déambulerons dans nos villes et nos villages en toute liberté. Mais ne vous inquiétez pas! N’ayez pas peur! (le président joint ses 2 mains en signe de paix) La vaccination continue. Voulant être avec vous parfaitement transparent, il m’incombe de vous dire qu’il est probable que lorsque la population sera entièrement vacciné, étant donné que je vous ai laissé vous ébattre en liberté à l’inverse de nos voisins européens (le président a à cet instant le sourire d’un père indulgent à l’égard de son enfant), l’arrivée d’autres variants nous imposera de recommencer votre vaccination immédiatement, Françaises, Français. Mais tout ira bien plus vite que maintenant car, devenu moi-même épidémiologiste de talent, je prévois déjà en inversant des courbes et dessinant des tunnels au cœur desquels une lumière apparaît au loin, que les astres sont favorables (le ton du président est professoral tant ses nouvelles compétences l’habitent).

Je suis heureux ce soir de vous avoir mis du baume au cœur (il prend la voix d’un coach sportif). Mais avouez! Quelle chance vous avez de m’avoir comme président! En 2017, je vous avais dit que c’était moi ou le chaos. Vous avez les deux, vous m’avez moi, le chaos et en prime, cerise sur le gâteau, vous avez aussi l’Union Européenne que nous ne remercierons jamais assez tant elle est efficace (le président enthousiaste tape des mains sur son pupitre). Sans elle où en serions nous? N’enviez pas les anglais qui meurent de thrombose par millions et ensemble crions: Vive la république! Vive la France! Vive l’Union Européenne!

Frédéric Le Quer

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