La raie, Chardin et les autres

Par dimanche 25 octobre 2020 Permalink 1

Au lieu de se pencher sur un artiste, amusons-nous à nous pencher sur un sujet! J’appelle, à la barre, la raie. “Les raies forment un super-ordre de poissons cartilagineux caractérisés par un corps aplati, de grandes nageoires pectorales solidaires du tronc et des fentes branchiales ventrales”, nous explique Wikipedia. Cette définition est sans doute une base pour le peintre, une base à contextualiser, une base en transcender.

Il nous vient alors à l’esprit Jean-Siméon Chardin (1699-1779). La raie, en une, est son morceau de réception à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1728. Immédiatement, sa réputation est faite. Diderot, à son corps défendant puisqu’il admet et même théorise que la nature morte est le dernier des sujets de la hiérarchie des genres, ne peut s’empêcher de s’enthousiasmer presque naïvement en écrivant « c’est toujours la nature et la vérité », « c’est toujours une imitation très fidèle de la nature », « c’est la nature même », « Chardin est si vrai, si vrai ». On voit que ce qu’aime le philosophe, c’est la ressemblance avec le réel et pourtant lorsqu’il décrit “La raie” il fait appel à des métaphores et à son imagination. On comprend alors que Chardin a sublimé la nature morte. Marcel Proust est moins dupe que Diderot devant le tableau puisque directement il le décrit comme “un monstre étrange” et admire la beauté de son “architecture délicate teintée de sang rouge, de nerfs bleus et de muscles blancs”.

Est-ce le poisson qui va inspirer d’autres peintres ou Chardin? C’est l’histoire de l’œuf et la poule! Donnons deux exemples aux prix accessibles!

Robert Humblot (1907-1962), d’abord, avec huile sur toile ci-dessus, passionné de sciences naturelles, s’est frotté à l’exercice. L’artiste un peu oublié, aujourd’hui, défend les principes d’une peinture fondée sur la composition et le dessin. Ses résultats en salle des ventes vont de quelques centaines d’euros à plusieurs dizaines de milliers. Un écart incroyable qu’on trouve parfois chez ces petits maîtres au travail assez irrégulier. L’oeuvre (81 x 130 cm) fit simplement autour de 800 € chez De Baecque à Drouot.

Mentionnons un autre peintre du XXe siècle illustrateur et graveur, Georges Gobo ayant vécu en Bretagne, qui s’attaque aussi à la raie avec l’oeuvre, ci-dessous, 26 x 33 cm, huile sur papier marouflé sur toile, qui sera présentée chez Millon prochainement sur la base d’une estimation entre 200 et 300 €.Frédéric Le Quer

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