La mort en période d’épidémie

Par jeudi 18 février 2021 Permalink 1

L’éthique médicale est un sujet complexe débattu entre qui s’en soucient, mais toujours tranché in fine par le médecin. Avec la crise du coronavirus, la population assiste très surprise à une totale démission du monde de la santé sur cette question qui a opté pour la barbarie à l’égard des mourants abandonnés seuls à leur sort. Depuis un an, tout le monde a compris que ces médecins se vendaient pour plus ou moins cher aux laboratoires pharmaceutiques. La population perçoit dorénavant la brutalité morale de ceux que Jules Romain appelait dans sa suite romanesque les hommes de bonne volonté. Ils sont devenus indifférents à la misère psychique, à la mort d’autrui. A l’évidence, la médecine n’est pas une vocation pour ceux qui la pratiquent, mais un moyen pour eux de faire de l’argent, beaucoup d’argent, le plus rapidement possible.

Ce corps de métier qui a dégringolé de son piédestal en l’espace d’une épidémie, pousse les familles, soit à assumer leurs vieillards, soit à les ignorer en les laissant crever seuls. Les services hospitaliers qui permettaient jusque là un entre deux mêlant à la fois l’amour des proches et l’engagement professionnel du personnel soignant lors des graves maladies, mettent en total isolement les patients qui meurent comme en prison non seulement sans avoir pu jamais revoir les leurs mais aussi sans vraiment être soignés. Alors une voie s’invente, se dessine pour les gens honnêtes, les gens bien qui en ont les moyens matériels. Ils gardent à domicile celui ou celle qu’ils aiment jusqu’à sa mort. La solution est de le sortir de l’hôpital avant qu’on ne vous en empêche pour se le réapproprier, vu que l’état français déficient est malgré tout obstiné à vouloir conserver ses prérogatives sur la mort.

La famille fait alors de son mieux. Une perfusion est parfois installée pour alimenter le mourant trop faible souffrant de dénutrition. Un baby phone permet d’entendre ses gémissements d’une pièce à l’autre. La mort rode dans le foyer. Elle va gagner, c’est sûr, mais le grand malade forcément seul face à sa fin est quand même accompagné le plus humainement possible.

Quand l’hôpital considère dorénavant les proches comme un problème, la mort qui faisait figure d’un refoulement dans la société moderne, fait un retour en force dans le monde des vivants.

Frédéric Le Quer

Laisser un commentaire ?