La mobilité en exergue

Par vendredi 6 décembre 2019 Permalink 1

La grève de plus d’un salarié sur 2 à la SNCF entraîne un trafic très très perturbé. A la RATP, RER et métros ne roulent pratiquement pas à par pour les lignes automatisées. Air France, Transavia et Ryanair annulent des vols ce vendredi. Un appel est lancé par un syndicat pour une grève des aiguilleurs du ciel jusqu’à samedi. Il y a un an les gilets jaunes bloquaient quelques dépôts de carburant à travers la France. Cela dura de manière “perlée” plusieurs mois. Cette année, si des dépôts sont bloqués, 7 des 8 raffineries en France sont en plus à l’arrêt ce qui provoque pour le moment la rupture totale de carburant dans 241 stations et la rupture partielle dans 396 stations. Le collectif écologiste Extinction rébellion (XR) a vandalisé ce 5 décembre 3 600 trottinettes électriques mettant en cause leur production énergivore. L’opération a été menée à Paris (2 020 engins mis hors d’usage selon XR), Lyon (1 500) et Bordeaux (90).

Toutes ces actions ont un point commun: l’atteinte à la mobilité des personnes. A la fois des campagnes contre le fait de se déplacer ne cessent d’être menées au point de laisser dans les esprits une empreinte négative concernant le déplacement qui devient anti-écologique et “en même temps” une atteinte à la mobilité est le meilleur moyen trouvé pour faire plier le gouvernement.

L’immobilité, c’est peut-être la décroissance mais c’est aussi une manière de repenser le sens de sa vie, le sens du travail, son rapport à l’argent. Mon immobilité forcée peut-elle m’apporter quelques bienfaits? Si chacun en France volontairement ou par contrainte décide de ne plus se lever le matin, ce ne sont pas ceux qui resteront couchés qui en pâtiront le plus. Les fruits du travail sont actuellement si inégalitairement partagés que la force laborieuse est ridiculement rémunérée par rapport au capital. Ce n’est pas honnête et cela crée des disproportions de revenus inconnues il y a quarante ans entre ceux qui détiennent le capital et ceux qui n’ont que leurs bras ou leur cerveau.

L’individu est conditionné pour aller travailler. Le gouvernement tente de le faire travailler pour de moins en moins d’argent ce qui garantira une rémunération du capital toujours plus élevée. Ce choix politique est en train de faire sauter des digues. Si les syndicats ont compris que la mobilité du travailleur était garante des privilèges des capitalistes, ils s’en servent encore de manière modérée, juste comme un moyen de pression mais en garantissant l’ordre établi. Dans ce sens ils sont les alliés du grand capital. La vraie rupture interviendra quand le citoyen désespéré, pressuré n’en aura plus rien à foutre d’être contraint de ne plus pouvoir aller travailler. C’est l’esprit “no future” du mouvement des gilets jaunes. Alors seulement là, la révolution commencera, une de celle qui bouleverse le monde.

Frédéric Le Quer

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