La lettre aux français

Par lundi 14 janvier 2019 Permalink 1

Mon voisin a des enfants turbulents, même disons-le, braillards. Il décide pour les occuper, hier soir, de leur lire la lettre aux français du président qu’il dégote sur internet, comme une instruction civique. Les chers têtes blondes s’endorment au bout de quelques lignes seulement et il vient me voir pour partager sa joie d’une soirée calme. Une fois parti, je vais moi-même compulser le fameux texte. Certaines publications valent un bon Gardénal, voire un Témesta! Je ne peux résister moi non plus au sommeil. L’ennui est trop fort. Les yeux me piquent. I have a dream.

Je vois des gilets jaunes. Impossible de les compter. Une multitude. Le soleil brille. Il fait chaud. Une jolie fille porte le sien sans rien en dessous. Le mouvement est plus présent que jamais. Une force de vie incroyable. Juste un nuage à la manière d’un tableau de Magritte. A le bien regarder, il représente Macron avec une faux. Bergman. La mort au-dessus de la foule en liesse. Les gens l’ont vu mais narguent cette image de malheur. Ils rient en faisant des gestes obscènes. Rien ne peut les arrêter. C’est le 14 juillet. Des pétards. Des danses. Des carmagnoles. Les CRS dansent aussi. Tout le monde s’embrasse. Les Champs Elysées. Quelques personnes font la queue pour mettre un bulletin dans l’urne à l’entrée du Fouquet’s. Un étendard avec les lettres RIC inscrites en jaune flottent dans une brise rafraîchissante. Mais la faux de Macron tente de venir couper le drapeau qui, pour se protéger, devient tout à coup bleu blanc rouge. La mort ne peut plus rien contre la patrie. Macron est dépité, rageur comme un chiard capricieux. Alors il s’évapore tel un mauvais génie retournant dans son vase pour des siècles et des siècles.

Je me réveille en sueur sur le canapé du salon. Je suis soulagé. Je me dis qu’on a eu chaud. Et puis je comprends que ce n’était qu’un rêve. La tablette sur mes cuisses s’est éteinte. Je la rallume. J’essaye de me replonger dans la prose du chef d’état. Complètement hors sol. Pénible. Il veut apparemment nous refiler le programme de sa campagne d’il y a deux ans. Consternant. “Gilets jaunes” n’est écrit nulle part. Putain de salaud! La révolution doit aller au bout.

Frédéric Le Quer

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