La guerre des russes en Ukraine

Par vendredi 25 février 2022 Permalink

A l’échelle séculaire de l’histoire, la guerre de Poutine menée en Ukraine si elle se règle vite comptera beaucoup moins que les quelques années de tentative d’émancipation d’un pays qui n’en a jamais été un. Tantôt sous la domination lituano polonaise, tantôt sous celle des Habsbourg, voilà près de trois siècles que le pays est sous celle des russes. Ce matin sur France Culture une invitée ayant écrit un livre appelé “Génération Maïdan”, titre par lui-même très engagé loin de garantir un peu d’objectivité puisque ce coup d’état fomenté par les américains restera quoiqu’il est dit, une manœuvre contre un président démocratiquement élu ayant eu le tort d’être sur la ligne de la Russie, bref cette dame tentait de rameuter l’occident en appelant l’histoire à la rescousse de manière si alambiquée que l’auditeur en restait très dubitatif comprenant en fin de compte que le président russe ne faisait que remettre les choses en ordre.

Le destin de l’Ukraine est d’être sous le joug russe et la population en était très satisfaite jusqu’à il y a peu. Slave, orthodoxe, patriarche de Moscou, patriarche de Kiev, c’était la tambouille habituelle avec ses embrassades et ses disputes. Rappelons-nous simplement combien les occidentaux eux-mêmes ont été surpris en 1991 de voir la Russie se séparer ainsi du peuple frère! Quant à moi, je me souviens des babouchkas d’Odessa réclamant tous les jours sur le port le rattachement de leur pays à la Russie sous le regard respectueux des habitants. Je me souviens de Kiev où ma femme redécouvrit les saveurs de son enfance chez ses grands parents russes vivant en France complètement absentes dans la ville internationale qu’était devenue Saint Petersbourg, comme si Kiev était la ville garante de la Russie éternelle. Je me souviens de cette visite dans un monastère orthodoxe où il eut été inconcevable de culturellement préférer l’occident à la Russie. Je me souviens de cet hôtel à l’architecture stalinienne avec ses pièces immenses, ses plafonds très hauts, ses employés rôdant dans les couloirs à pas de loup et se précipitant dans notre chambre à peine en étions nous sortis. Je me souviens de ces lignes intérieures où à l’aéroport les mécaniciens vérifiaient la bonne santé des avions à hélice soviétiques en tapant sur le moteur à coup de grosse clé à molette sous le regard confiant des voyageurs. Je me souviens de ces plages archi bondées de la mer noir où personne n’eut même eu l’idée de parler un autre langage que le russe. Je me souviens, je me souviens, tout ce dont je me souviens est en fait imprégné de “russitude”.

Oui, mon expérience de l’Ukraine fut entièrement russe. Est-ce qu’en un peu plus de dix ans tout a à ce point changé? J’ai du mal à le croire même si je suis conscient qu’une petite partie de la population rêvait entrepreneuriat, économie de marché, immobilier et propriété individuelle. Ceux-là ont-ils aujourd’hui renié la Russie et leurs ancêtres? Peut-être. Il s’agit alors de cette classe sociale prenant part à l’exode qu’on voit sur nos écrans. Sont-ils si nombreux? Surement pas, le camp occidental sachant mieux que tout autre manipuler sa population par l’image.

Ce qui est sûr c’est que personne à l’ouest n’a jamais tendu la main à Poutine s’acharnant au contraire à le ridiculiser et à appauvrir son pays. L’intelligence eut voulu tout le contraire, l’intelligence eut voulu faire de la Russie un allié et non pas un ennemi. Préparé à l’autarcie, le pays montre désormais les muscles. Cette faillite diplomatique, entre autre celle de Macron puisqu’il nous concerne au premier chef, va coûter très cher à nos entreprises et aux français. Et tout ça juste pour avoir voulu être le meilleur ami des américains! Triste France!

Frédéric Le Quer

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