La diplomatie en action

Par vendredi 11 mars 2022 Permalink

-Allo, c’est l’Elysée

La standardiste du Kremlin leva les yeux au ciel.

-Da. Dobri diène.

Pour le confort du lecteur, le russe sera par la suite, quand c’est possible, traduit directement en français.

-Que puis-je pour vous? demanda-t-elle néanmoins très professionnelle.

-Le président Macron souhaiterait s’entretenir avec le président Poutine.

-Très bien, je fais remonter la demande.

La standardiste prévint le chef de bureau qui avertit le directeur qui l’annonça au chef de cabinet qui ne put s’empêcher d’émettre un “encore” mais qui frappa à la porte de la secrétaire particulière du dirigeant du Kremlin. Les kremlinologues verront à travers toutes ces strates un certain mépris à l’égard de l’Elysée…

-Le français veut parler au grand patron.

-A-t-il enfilé son polo? La dernière fois il a fallu attendre qu’il s’habille pour la visio.

Pendant qu’à Moscou on débattait sur l’inintérêt de prendre une énième fois le président français au téléphone, à Paris, l’habilleuse d’Emmanuel Macron lui apportait son polo.

-Le voilà, monsieur le candidat.

-Qu’est-ce que c’est que ça? Appelez moi monsieur le président, monsieur le candidat c’est pour faire plaisir aux ploucs.

-Bien monsieur le président.

Macron enfila son polo en s’exposant torse nu devant la foule de ses conseillers.

-Qu’il est beau! S’exclamèrent certains.

Content de cet enthousiasme spontané, il expliqua:

-Vous savez que ce polo est la copie conforme de celui que portait Obama au moment de l’opération contre Ben Laden dont l’un des fils est d’ailleurs installé dans l’Orne pour la plus grande gloire de la France. Mais bref, Barack, lui-même, m’a offert ce vêtement que je ne mets que dans les grandes occasions.

-Qu’il est élégant! S’exclamèrent tous en cœur les conseillers. Et il vous va si bien.

-N’est-ce pas? se rengorgea-t-il en clignant des yeux. Bon, alors cet appel?

-Le président Poutine est pour le moment indisponible.

En effet, les conseillers du président russe à peine avaient-ils relayé la demande qu’un tonitruant “Idi ti narou” avait retentit (là je n’ose pas trop traduire tant c’est grossier). Sachant qu’il réessaierait tout à l’heure, le président Macron ne se formalisa pas.

-Bon c’est pas grave qu’on m’appelle l’ukrainien en attendant. Comment s’appelle-t-il déjà?

-Volodymyr Zelensky

-Oui, c’est ça, qu’on appelle ce gars. J’ai une élection à remporter moi, j’ai du boulot.

On appela Zelensky directement sur son portable; le pauvre errait dans le grand parc au centre de Kiev à la recherche d’un restaurant servant encore un bon bortsh. Quand il entendit sonner son téléphone à l’heure de son repas il ne put s’empêcher un geste d’exaspération.

-Allô!

-C’est Paris au bout du fil.

Le téléphoniste ne dit pas l’Elysée car il n’était pas sûr que l’ancien comédien sache bien ce que c’était. En plus ce dernier n’avait pas bien les codes de la diplomatie.

-Mais qu’il me foute un peu la paix! Entre les bombardements russes et lui, je commence à en avoir raz le bol. Je me demande même parfois ce qui est pire!

-Mais monsieur Zelensky, c’est pour la paix dans le monde que monsieur Macron téléphone, tenta d’expliquer le plénipotentiaire.

-Ok, c’est bien parce que je suis gentil. On discute deux minutes, le temps qu’il fasse prendre sa photo par son agence de communication et je raccroche, je vous préviens!

-Excellent! Merci beaucoup, monsieur Zelensky! Spassiba bolchoi!

L’interlocuteur s’empressa d’aller annoncer la bonne nouvelle à Macron.

-L’ukrainien veut bien vous prendre au téléphone mais soyez bref, monsieur le président. Il est sur le point d’aller déjeuner.

-Très bien, très bien. Tous les photographes sont là?

Pendant ce temps, de l’autre coté de l’Atlantique, à la maison blanche, d’autres conseillers s’évertuaient à expliquer au président Biden que Kiev n’était pas la capitale de la Syrie. Le pauvre homme n’y comprenait plus rien et on préféra l’envoyer se coucher.

Pas d’inquiétude néanmoins. Tout est sous contrôle.

Frédéric Le Quer

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