La conference call d’Edouard Philippe

Par lundi 20 avril 2020 Permalink 1

Le premier ministre Edouard Philippe a tenté plus de deux heures, hier soir, de justifier son action ou son inaction selon les cas, face à la pandémie de covid-19. Comme dans une sorte de réunion de cadres d’une grande entreprise, chiffres et graphiques agrémentaient le discours, la conference call(!) pour utiliser un terme que la professeure de médecine qui cachait son impréparation derrière du franglais, n’aurait pas désavoué. Pendant plus de deux heures le téléspectateur complètement embrouillé par des circonvolutions contredisant la proposition principale ne pouvait s’empêcher de se rappeler les vers de Nicolas Boileau: “Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément”.

Donc rien n’était clair et n’arrivait aisément, sinon l’ignorance d’Edouard Philippe que le brave homme, oui je trouve qu’il a l’air d’un brave homme, dépassé mais brave, avait du mal à cacher. En effet quand on ne sait pas qui dans la population est malade, quand on ne croit en aucune médication pour soigner la maladie et quand on doute du fait que les anciens malades soient un jour immunisés, donner l’espoir à son peuple de vaincre un virus dont on ignore la provenance, devient une gageure qui ne pouvait évidemment pas être relevée. On sortait de là un peu groggy d’ailleurs, en ayant oublié que de nombreux pays dans le monde avaient été capables de se sortir d’affaire. Le pire devenait quasiment sûr. Tout commencerait par l’extermination des vieux, puis des gros, puis des cardiaques puis des diabétiques, etc, etc… Les plus combatifs se disaient que s’il n’en restait qu’un, ils seraient celui-là… Mais quand même, ce n’était pas gai!

Le nouveau concept de l’isolement des malades asymptomatiques ou légèrement souffrants dans une chambre d’hôtel fut sans doute la cerise sur le gâteau de la soirée. La presse n’ose pas trop en parler ce matin… S’il fallait trouver une idée pour prouver qu’il y a trop de tests en dissuadant les gens d’aller se faire tester, celle-ci est la meilleure possible. Elle est particulièrement gonflée voire odieuse: à l’heure où Nicole Belloubet libère 5000 détenus dangereux dans la nature pour cause d’épidémie, le gouvernement souhaite donc emprisonner quelques semaines les honnêtes gens qui ont eu pour seul tort d’être contaminés. Parions déjà qu’avec ce système, plus personne n’ira de son plein gré se faire enfiler un coton tige dans les narines ou se faire faire une prise de sang! Loin d’éclairer le jeu, si on ajoute à ça le tracking, la situation sociale va devenir explosive!

Bilan: on n’a pas de pétrole et on n’a pas d’idée! Les hôpitaux manquent toujours de tout, mais à part leur promettre des lendemains qui chantent, leur situation ne s’arrange pas. Les morts qui s’accumulent un peu plus tous les jours contredisent l’efficacité du confinement. Le gouvernement déconfine le 11 mai tout en se préparant à reconfiner quelques semaines plus tard.

Terminons par une note d’espoir: la seule chose qui n’est pas si négative qu’on veut bien le dire est la situation économique. Jamais dans l’histoire, elle avait été enrayée volontairement, sciemment par un gouvernement. Ce n’est pas un système économique malsain qui crée la dépression mais la volonté des hommes guidés par le principe de précaution. On ne voit donc pas pourquoi quand il s’agira de relâcher les chevaux les choses ne repartiraient pas assez vite comme elles étaient avant…

Frédéric Le Quer

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