Journalisme de complaisance

Par vendredi 6 avril 2018 Permalink 9

Quand Macron va à Saint Denis écouter le chœur des jeunes filles de la légion d’honneur, il s’effraie de rencontrer les parents d’élèves et les professeurs des lycées de Stains et St Denis venus réclamer plus de sécurité. Quand Macron va à Rouen, il est bousculer par le personnel hospitalier qu’il ne peut cette fois éviter. Les cheminots en profitent pour le huer par la même occasion. Quand Macron tente de réformer les institutions, le président du sénat Larcher fulmine contre l’exécutif. Quand Macron cherche à rendre sélectives les études universitaires, les facs de Toulon, Nancy, Montpellier, Paris VIII se mettent en grève. Quand Macron, président des riches trône à l’Elysée, Carrefour ne se gêne plus pour proposer des bons d’achat à ses salariés en grève à la place d’augmentations de salaire.

Indéniablement le printemps 2018 se complique. Les médias tentent bien de relativiser et de ne surtout faire aucun lien entres les mouvements sociaux, ceux-ci prennent doucement de l’ampleur. Le journalisme de complaisance vis à vis du chef de l’état s’inquiète. A 20h hier soir sur BFM politique on sentait que rien n’allait plus. Quatre commentateurs voyaient leur idole malmenée et souffraient avec lui au point que Ruth Elkrief, la star de la chaîne à cette heure, celle qui checkait avec le candidat à la présidentielle, l’année dernière, après l’avoir interviewer, la groupil du locataire de l’Elysée par excellence, osait un petit reproche. Oh, certes non, ce ne fut pas une critique saignante percutante aux arguments aiguisés, un blâme catégorique et perfide. Non, non, elle regretta juste “une forme d’inexpérience du gouvernement”, “une forme d’apprentissage de cette situation”. Mais elle le fit l’œil un peu hagard, regardant ses confrères et en demandant “PARDON”! Oui, oui elle dit “Pardon” avant même de commencer à s’exprimer. “Pardon”. “Pardon”. Allait-elle se mettre à pleurer? A qui s’adressait ce pardon? A son cher Manu? A son boss Drahi? Aux deux probablement… Quel grand moment journalistique où l’émotion d’une femme amoureuse se confrontait à un commentaire balancé comme une bouteille à la mer. “Une forme d’inexpérience”, quelle incroyable audace! Et les trois autres de l’observer inquiets. Avait-elle toute sa santé mentale? Faisait-elle un burn out? Le téléspectateur incrédule et anxieux crut un instant que le samu allait être appelé… Heureusement le grand journaliste Bruno Jeudy sut intervenir avec efficacité et discernement lorsque, après avoir lu dans le marc de café, il prédit que la grève des cheminots ne durerait pas trois mois. Ouf, cette prophétie permit à tout le monde de respirer et le plateau se décrispa.

L’ORTF était à coté de ce qu’on voit maintenant une télé frondeuse! Les courtisans du pouvoir occupe les plateaux à longueur de journée. Un jour on les verra applaudir Macron sans fin comme on applaudit Staline, personne ne s’arrêtant de taper dans ses mains de peur d´être considéré comme un traître.

Frédéric Le Quer