Jean-Pierre Raynaud (né en 1939)

Par dimanche 26 avril 2020 Permalink 1

“Les œuvres d’art ne sont pas faites pour être aimées mais pour exister”, ainsi s’exprime Jean-Pierre Raynaud à propos de la finalité de son travail. L’artiste, tel un émule de Marcel Duchamp bien que plutôt à caser compte tenu de sa date de naissance chez les nouveaux réalistes comme César ou Arman, réutilise des objets du quotidien et les détourne de leur utilité première. Qui ne connait ses célèbres pots en terre monochromes remplis de ciment qui ne se vendent d’ailleurs plus aussi bien qu’avant (celui en une, h 17,5 cm, n’a pas trouvé preneur chez Artcurial l’année dernière avec une estimation basse en baisse, d’autres n’ayant pas trouvé preneur non plus, à 3000 €), mais dont l’exemplaire doré de 3,50 m est sur le toit du centre Pompidou à Paris!

L’univers de l’artiste est fait de panneaux de signalisation, de carrelages blancs et de pots de fleurs inutilisables tendant à témoigner d’un monde aseptisé où tout est contrôlé et devient inhumain. L’oeuvre, ci-dessous, est assez caractéristique de ce parti pris et colle aux temps que nous vivons en ce moment comme un gant! Il s’agit d’une sculpture intitulée Poste de secours, carreaux de faïence et aluminium, 92,5 x 77,4 cm, qui fut présentée à Arcachon chez Toledano ovv le 14 août 2017 avec une estimation entre 25 000 et 30 000 €. (Je ne connais pas le résultat, si quelqu’un sait qu’il ait la gentillesse de m’envoyer un message).

Mais si l’artiste garde un esprit sombre, ses créations ont dès le commencement de sa carrière été très recherchées. Après l’obtention d’un diplôme d’horticulture en 1958 et son long service militaire de 3 ans, guerre d’Algérie oblige, une première exposition sur son travail à Paris lui est dédiée en 1965 avant d’autres nombreuses, qui le conduiront au Brésil, en Italie, à Cuba, au Japon, aux Etats-Unis… Pour se faire une idée de la personnalité de Jean-Pierre Raynaud, l’histoire de sa maison à La Celle Saint Cloud est intéressante. Construite par ses soins en 1969 et décorées de différents symboles de son travail avec des carreaux blancs aux larges joints noirs, il décide après y avoir vécu 24 ans de la détruire. “Il en exposera ensuite chaque élément dans des conteneurs chirurgicaux au musée d’Art Contemporain de Bordeaux”.

Terminons l’évocation de cette artiste par l’exemple d’une oeuvre engagée de 1972, “Baïonnette A”, assemblage de baïonnettes peintes sur panneau, capot de plexiglas rajouté en 2013, 57 x 52 x 10 cm qui fit le 15 février 2019 chez Joron-Derem ovv à Drouot, 5 232 €.

Frédéric Le Quer

PS: De nombreux renseignements ont été tirés ici de la Gazette Drouot

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