Jacques Chirac (1932-2019)

Par vendredi 27 septembre 2019 Permalink 1

“La vérité d’un homme c’est d’abord ce qu’il cache” affirmait Malraux. Et Jacques Chirac cachait, semble-t-il beaucoup de lui-même aux autres. C’est dommage. On l’aurait mieux aimé… L’image de ce parisien tout crotté dans la campagne corrézienne serrant les paluches à tire-larigot sentait son démago à plein nez, à moins que ce ne fut un plaisir d’ethnologue. Son squelette idéologique venait avant tout de son milieu social. Même ses amours se plièrent à son intérêt de classe bien compris.

Sur le tard seulement il dévoila son gout érudit pour les arts ethniques et les cultures lointaines. Une scène filmée dans son musée du quai Branly semble témoigner de ses remords d’occidental d’avoir saccagé des mondes maintenant disparus. Il efface son menton en remontant sa lèvre inférieur scarifiant l’ensemble de son visage avec un air de désolation. Une dame d’une île du pacifique en palpant un objet vient de lui annoncer que celui-ci a perdu son énergie. Le président est abattu. ça lui fait mal. On le sent. La dame le sent et pour atténuer ce qu’elle vient de dire elle laisse entendre que, peut-être, à une autre heure, l’énergie revient… La solide culture de Chirac transparaissait aussi au travers les arts chinois au point par exemple de se demander pourquoi les chevaux en terre cuite de la dynastie Tang avaient pour la plupart les pattes arrière cassées ou d’en remontrer lors d’un dîner officiel à Pékin à toute une délégation chinoise épatée de voir un occidental en savoir plus qu’elle sur sa propre culture.

De son goût pour les cultures du monde certainement restera une de ces fulgurances dont on ne croyait déjà la France plus capable. Il a dit non à la guerre en Irak pour protéger un peuple qui allait courir à sa destruction. Son nécessaire discours du Vel d’Hiv participe aussi de cette veine, de cette appétence pour ce qui n’était pas lui, de sa volonté d’aborder les méfaits de l’occident droit dans les yeux.

Pour le reste, le politicien a trahi et a été trahi. Du RPR souverainiste des années 80, il a viré au mondialiste immigrationniste quelques années plus tard. Pas grand chose de bon est ressorti de cet atermoiement sinon de voir un jour la culture française trouvée sa place au musée du quai Branly-Jacques Chirac.

Frédéric Le Quer

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