Inflation du prix du dinosaure

Par samedi 14 avril 2018 Permalink 2

La vente à l’hôtel Drouot à Paris chez Binoche et Giquello ovv des deux dinosaures découverts dans le Wyoming et “restaurés” par des chercheurs italiens a été très médiatisée. A raison puisque les scores sont impressionnants pour ces animaux datant du jurassique supérieur, soit il y a 145 à 165 millions d’années. Le premier dinosaure, un “petit” carnivore de 3,80 mètres de long appelé scientifiquement Allosaurus jimmadseni, complet à 60 % fit 1 443 820 €. Par comparaison, signalons qu’un squelette complet d’allosaurus de 7,50 m avait fait à, Lyon, le 10 décembre 2016, chez Aguttes ovv, 1 128 375 €.  Le second dinosaure, Kaatedocus siberi diplodocus, un long spécimen de 12 mètres dont on ne sait pas grand chose à en croire le catalogue, mais qui d’après la mise en scène proposée dans la salle d’exposition, voir image à la une, aurait comme prédateur le petit teigneux allosaurus (il tourne son long cou pour le voir arriver, sentant sa mort venir!), fit presque autant, soit 1 407 700 €.

Mais intéressons nous à l’ambiance de la vacation! Les deux salles les plus prestigieuses au premier étage avaient été réquisitionnées pour l’occasion aménagées de tentures noires dans un éclairage tamisé fait de spots lumineux éparpillés au plafond. Deux jours et demi d’exposition avaient précédé la vente. C’était chic, élégant. Le jour J, beaucoup de monde vint venu voir l’événement. Les chaises étaient toutes prises et un important public s’agglutinait derrière, debout. Des commissaires priseurs et des crieurs étaient là. Les gens s’abordaient en demandant  à leurs voisins dans le jargon des ventes aux enchères si les dinosaures étaient déjà passés. Non, les dinosaures n’étaient pas passés, c’était pour le final, le clou du spectacle. Avant, d’importants fossiles divers et variés mettaient l’eau à la bouche des badauds.

Enfin, ce fut au tour de l’alosaurus. Le commissaire priseur débuta à 500 000 €.  Immédiatement se décantèrent deux clients sérieux, l’un au téléphone l’autre sur internet. Et ce fut long pour arriver à près d’un million et demi. L’internaute était taquin et faisait durer le suspens en ne mettant son enchère qu’au moment où le commissaire priseur menaçait d’abattre son marteau en disant adjugé. A chaque fois il laissa espérer l’adjudicateur au téléphone. A chaque fois, au dernier moment, il brisa ses espoirs et remporta l’objet de sa convoitise. Ce fut la même chose pour le diplodocus. Le commissaire priseur commença plus bas à 350 000 €. Quelques petits joueurs enchérirent jusqu’à 500, 600 mille euros avant de laisser combattre les même protagonistes que précédemment. Ils devaient bien se connaitre, ces milliardaires et guère s’aimer… Le cirque recommença avec l’internaute qui mettait son enchère à la dernière seconde pour faire bisquer son concurrent. Ce fut encore long avant qu’il ne gagnât encore une fois.

La salle applaudit juste un peu, lasse que cela ait traîné en longueur et les gens se dispersèrent. En tout cas cette très belle réussite pour la place parisienne semble l’avoir mis en appétit et d’autres dinosaures seront probablement proposés à la vente dans les prochains mois. Si vous en possédez un dans votre jardin, c’est le moment de s’en débarrasser et si vous voulez acquérir une de ces charmantes bestioles, il va falloir faire péter le livret A!

Frédéric Le Quer