Hôpital: les médecins souffrent, les patients crèvent

Par lundi 4 juin 2018 Permalink 2

Les 35 milliards de recettes fiscales en moins suite aux divers avantages et exonérations donnés aux riches par Emmanuel Macron ne vont surement pas relancer l’économie mais ont un impact sur les services publics car ces cadeaux ne sont pas nuls. (ils correspondent à peu près à la somme à laquelle pense Angela Merkel pour un budget d’investissement dans la zone €!) Mais la question n’est pas la fausse conciliation de l’Allemagne par rapport aux idées de notre président de la république, de plus en plus seul à penser ce qu’il pense, la question est sur les conséquences de cette politique fiscale dans notre vie de tous les jours. Qu’y a-t-il de plus important que la santé des français, leur vie, leur mort? Les hôpitaux sont en première ligne sur ce sujet primordial.

Pour illustrer ce propos, je voudrais en venir à un drame qui m’a été conté ce week-end. Une dame de 70 ans a un cancer de l’utérus sans métastases. Elle suit une radiothérapie à l’hôpital de Rochefort. Un jour, en sortant d’une séance, elle a mal aux jambes. Très mal puisqu’elle est obligée de s’asseoir sur une chaise roulante pour partir. L’hôpital lui dit de prendre une ambulance pour rentrer chez elle sans se préoccuper de sa douleur. Pas d’ambulance disponible. Sa sœur vient la chercher en voiture. Sa souffrance s’accroît au point qu’arriver devant chez elle, elle est incapable de monter les marches pour accéder à son appartement. La sœur de la patiente l’aide jusqu’au premier étage mais l’ascension est de plus en plus pénible. Dans les bras l’une de l’autre, elles se reposent un instant sur le palier. La malade expire à ce moment enlacée par sa sœur.

Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que la dame est peut-être morte d’une phlébite dont les symptômes sont apparus dans l’hôpital. Sinon sur-radiation? Y a-t-il un lien de cause à effet avec les rayons? Serait-elle morte même si l’hôpital l’avait prise en charge? La famille pose aujourd’hui ces questions.

Un autre cas au même endroit moins tragique: un soir, un homme au dossier médical chargé ayant fait quelques mois plus tôt un accident vasculaire cérébral souffre. Sa femme cherche à l’emmener précipitamment à l’hôpital. Le samu appelé vers 19h arrive à 22h. Les urgences sont bondées. L’hôpital lui donne des antidouleurs. A 7h le lendemain sa femme est appelée pour venir le chercher en vitesse parce qu’il n’a plus mal. Aucun examen ne lui a été fait. Il n’est pas mort.

Le personnel de l’hôpital de Rochefort est complètement débordé, en total sous effectif. 13 médecins urgentistes étaient en grève en avril pour protester contre la fermeture de 15 lits au sein de l’hôpital en déclarant qu'”on ne peut pas abandonner le service public pour des questions budgétaires”. Pour le moment les lits sont maintenus, mais jusqu’à quand? Le personnel soignant n’hésite plus à parler de “maltraitances institutionnelles imposées”. Le nombre de personnes accueillies aux urgences a explosé ces dernières années, passant de 27 000 en 2010 à 36 000 en 2017. Parallèlement, 27 lits ont été supprimés en deux ans.

Frédéric Le Quer