Gilets jaunes, acte XIX à Paris

Par dimanche 24 mars 2019 Permalink 4

“Ré-vo-lu-tion! Ré-vo-lu-tion! Ré-vo-lu-tion!” Pour la première fois le mot fut scandé souvent, très souvent, comme si l’acte XIX avait bénéficié du souffle de l’acte précédent. Et c’était le cas. Entre ce cadencement, comme pour le justifier, un haut-parleur demandait: “Gilets jaunes, quel est votre métier?” “Waou. Waou. Waou.” Aboyaient-ils pour toute réponse. Le décryptage des télés a beau faire semblant de croire au retour à l’ordre, ce samedi montra surtout toute l’exaltation des participants. A propos des participants, on entend qu’à Paris plus de 8000 personnes ont été contrôlées. Mais que nous dit-on du nombre de manifestants? 5000. Ou les flics contrôlent bêtement n’importe qui ou le chiffre de la participation est fantaisiste. La deuxième solution est évidemment la bonne.
Mais, trêve de digression, on connait par cœur la manipulation médiatique. Le cortège, donc, parti du sud de Paris pour aller au nord accepta de moins en moins au fur et à mesure de son avancée, la colonne de gendarme ou de CRS qui le longeait. Il fallut le lancement de bombes lacrymogène boulevard Magenta pour éviter la bagarre générale. A pas vifs les premiers gilets jaunes arrivèrent au Sacré Cœur vers 15 h. D’autres les rejoignirent en ordre dispersé pendant près d’une heure, c’est dire le monde! La garden-party montmartroise sous un soleil un peu voilé réjouit les participants détendant tout le monde, y compris la police. Le sit-in fut propice aux rencontres, aux discussions. Un jeune, grimpé sur un pilier en haut de la butte agitant le drapeau français de toutes ses forces me lança “Gloire à vous, Monsieur, Gloire à vous!”. L’inspiration des lieux sans doute! Les graffitis et les pancartes se donnaient à lire tranquillement. L’énorme éventail des opinions continue d’être la marque des gilets jaunes. Mais enfin certains commençaient à s’ennuyer après l’événement que tout le monde applaudit, consistant au déploiement d’une banderole jaune fluo tout en haut du Sacré Cœur. Alors, petit à petit l’idée d’une “manif sauvage” se répandit jusqu’au moment ou un cri opportun appelant au démarrage de celle-ci retentisse et soit relayé.
La manif sauvage, i. e. non déclarée, personne n’en parle, partit de Montmartre pour aller à République. La police était complètement dépassée. La crise cardiaque à ce moment du pauvre CRS n’est surement pas un hasard. La pression devait être très forte chez eux. Les rues bien que bloquées au passage du cortège au début finirent par s’ouvrir pour le laisser aller au centre de Paris. Impossible de lutter contre tout un peuple. Les parisiens aux fenêtres faisaient des signes amicaux. Cette journée de transition finissait bien. La mobilisation avait été importante et l’engouement révolutionnaire plus prégnant que jamais.
Les deux dernières photos sont en rapport avec la manif sauvage
Frédéric Le Quer

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