Gilets jaunes: acte IV

Par dimanche 9 décembre 2018 Permalink 1

Paris était désert ce samedi après-midi pour l’acte IV. Désert jusqu’à l’arrivée aux points névralgiques, là où dorénavant le peuple français se donne rendez-vous. C’est assez incroyable de voir cette ville qui grouille de monde se retrouver ainsi sans voiture, ni piéton. Et puis, passer le cordon de CRS, ce moment où en rigolant un flic me demande si je n’ai pas sur moi un masque à gaz, une Kalachnikov ou un char d’assaut, petit à petit le monde réapparaît, le bruit résonne à nouveau dans les oreilles; les sirènes, les voix, les  moteurs. Petit à petit, on croise les gilets jaunes, de plus en plus nombreux à mesure de la proximité des Champs Elysées. Enfin la masse, les masses populaires formant un corps serpentant l’immense avenue. Je remarque qu’avec une foule, il y a toujours quelque chose à voir. Des rires, des invectives, des chants, des conversations un peu folles avec les forces de l’ordre. Un tambour de guerre accompagne des gens qui défilent derrière. Il manquait un fifre. Pour samedi prochain, l’acte V… Une immense banderole site du Péguy avec une fille à coté qui chante la démission de Macron sur l’air d'”une femme libérée c’est pas si facile”.

Tout cela n’a pour l’instant rien à voir avec ce que j’ai vu la semaine dernière. Je me promène, je fais acte de présence au milieu de ce monde fou. Les chiffres du ministère de l’intérieur sont une insulte aux gens mobilisés. Ils le savent. Ils parlent de dictature et conspuent les médias. D’ailleurs encore une fois aucun journaliste d’une chaîne française n’est visible. La profession sait le mal qu’elle fait au peuple et elle a peur des représailles.

Alors je quitte les champs pour rentrer calmement. Du moins je le crois. Je me dis même que j’aurais dû aller ailleurs, vers les grands boulevards, voir la première révolte du XXIe siècle en mouvement. Je me trompe. Très vite des individus regroupés en bande croisent mon chemin. Et c’est dans l’avenue Marceau que je retrouve la même tension que samedi dernier. Barricades, voitures retournées, vitrines cassées. Même pas pour piller d’ailleurs, une agence immobilière où il n’y a strictement rien à voler est saccagée. Juste la colère. Cette colère que la propagande tente d’apaiser pendant la semaine et qui se déchaîne le samedi. Une colère violente comme si tout carcan avait sauté. Oui. Plus de surmoi. Néanmoins un jeune qui me bouscule, me dit “Pardon Monsieur”! Après l’avenue Marceau c’est au tour de l’avenue d’Iéna. Les insurgés sont mobiles. Les forces de l’ordre aussi, cette fois. Grosse cavalcade jusqu’à la place d’Iéna. Je reprends mon souffle. Je regarde des types s’approcher du musée Guimet. Il est barricadé. Ils passent derrière des petites grilles. Je ne sais pas ce qu’ils font, mais des policiers de la préfecture les arrêtent, les fouilles et s’en vont non sans en gazer un. Les gilets jaunes les huent. Le flic montre un doigt et monte dans une petite voiture qui roule à toute vitesse pour quitter les lieux.

Et maintenant, quelques photos prises par ordre chronologique, sauf celle en une, entre 13h30 et 16h.

Frédéric Le Quer