Gens de partout ou de nulle part?

Par jeudi 18 juin 2020 Permalink 1

La colère française actuelle est in fine une colère contre la mondialisation qu’Emmanuel Macron, malgré ses promesses, fausses promesses comme toujours, n’a jamais endigué. Sa politique multiculturaliste est dangereuse. On le voit actuellement. Elle mine non seulement les rapports sociaux mais aussi les institutions de la république devenues déliquescentes.

J’attendais ma fille hier au sortir de son travail. En avance, je m’étais assis sur un ban au milieu d’un rond-point, à coté d’une fontaine sans eau. A quelques mètres de moi, 3 hommes. 2 de 35 ans environ. Un d’une cinquantaine d’années. Ils ne parlaient pas français. D’où venaient-ils? Europe centrale? Balkans? Quelque part par là. Le vieux était allongé sur la piteuse pelouse entourant le petit bassin. L’un des jeunes était étendu en équilibre sur le mur de pierre circonscrivant l’aride fontaine publique, somnolant ou dormant même, l’autre y était assis sirotant une canette de 50 cl de bière. Ce dernier se leva pour apporter un sac au plus vieux pour qu’il y pose sa tête et soit mieux. Les voitures et camions tournaient autour d’eux inlassablement, déconfinement oblige. Le vieux fut content du geste un peu maternel mais au lieu de profiter de cet instant, préféra se traîner à quatre pattes pour venir rejoindre l’autre retourné s’asseoir et discuter.

Je pensai en les voyant à cette thèse d’un anglais, David Goodhart, opposant les gens de partout à ceux de quelque part. D’après lui, les premiers sont les vainqueurs du libéralisme mondialisé, rejetant l’état nation et imposant leur politiquement correct. New York, Singapour, Londres, Paris, partout ils sont chez eux. Les seconds sont enracinés dans leur pays, leur région, leur village, seul endroit où ils se sentent à la maison. Mais menacés par l’instabilité de leur environnement provoquée par les premiers, ils n’arrivent pas à reprendre le contrôle. Leur richesse vient de leur culture dont la singularité en fait un patrimoine rare, exclusif. Pas de leur argent, ils n’en ont pas. Mais des trois lascars, devant moi, j’en fais quoi avec cette thèse?

Ils avaient été un moment de leur vie de quelque part, même dans un endroit perdu. Misérables sans doute, mais néanmoins ancrés dans un passé collectif, soudés à leurs ancêtres, à leurs contemporains, à leur progéniture. Ils se trouvaient dorénavant isolés dans une métropole qui, quels qu’étaient leurs espoirs, ne leur offrirait aucun avenir. Le pari qu’ils faisaient en migrant était le même que s’ils avaient joué au loto. Ces gens s’étaient égarés, et devenaient les derniers de la mondialisation, les plus déclassés. Et en plus, malgré eux, ils participaient à la déstabilisation des gens de quelque part, des gens qui étaient restés, pendant que ceux de partout encourageaient par leur idéologie ces damnés de la terre à devenir des gens de nulle part.

Frédéric Le Quer

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