Fracture sociale et coronavirus

Par vendredi 8 mai 2020 Permalink 2

Avec ce confinement qui dure, avec ce déconfinement qui n’en est pas un, une drôle de fracture sociale apparaît, mettant en exergue quelques vérités sur la société française.

Grosso modo, les gagnants de la mondialisation confiants en l’avenir, voyant dans leur existence plus d’opportunités que de risques, apparaissent largement favorables au déconfinement tandis que les victimes, les perdants de celle-ci timorés, peu confiants en une vie qui ne les épargne pas, sont sécurisés par le fait d’être confinés.

Ces derniers savent bien, plus ou moins consciemment, qu’ils n’ont rien à perdre dans la rupture avec leur vie précédente qui ne leur apportait pas grand chose. Certains aspirent à la révolution, ils ont eu à la place la crise sanitaire liée au coronavirus. C’est une crise égalitaire, démocratique qui ne touche pas les gens en fonction de leurs moyens financiers, de leur niveau social. Quand le pauvre est obèse, le riche est cardiaque et le coronavirus les aime autant l’un que l’autre!

Les “déconfineurs” croient en la vie qui les gâte. L’enfermement devient une inhibition les empêchant de se réaliser davantage dans leur monde où chaque jour s’ouvre sur une nouvelle opportunité. Ils réclament sûrs d’eux la responsabilité individuelle et aspirent avant toute chose à être libre, la liberté étant plus que jamais un concept s’adressant aux forts.

Le confineur est un pessimiste n’attendant rien de la vie tout en ayant quand même peur de la mort. Un disciple de Schopenhauer ou de Cioran qui s’ignore. Le déconfineur croit aux romans initiatiques qui voit le héros devenir malgré quelques péripéties celui qu’il a toujours rêvé devenir. Quand l’un est Rastignac, l’autre est Lucien de Rubempré aux illusions perdues.

Cyniquement, le gouvernement parie sur la loose! Il a politiquement raison puisque les perdants sont toujours bien plus nombreux que les gagnants. Son seul écueil est que les déconfineurs ont les moyens de se faire entendre dans un monde qui est le leur alors que les confineurs sont une majorité certes, mais une majorité silencieuse.

Frédéric Le Quer

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