Du QR code à la puce sous la peau

Par dimanche 1 août 2021 Permalink 1

L’homme venait de descendre de chez lui. Il avait dans sa main son téléphone avec son passe. Ce laisser-passer n’avait au commencement été que sanitaire. Des informations sur les 42 vaccins obligatoires dont la population avait en grande partie oublié les raisons puisqu’ils étaient injectées en une seule fois, se trouvaient cachées dans le QR code avec le back ground médical. Et puis comme il avait été simple d’y ajouter la pièce d’identité afin d’empêcher toute fraude à la vaccination, ce fut fait. Ensuite les permis de conduire, les assurances, les cartes professionnelles de toute sorte apparurent à cet endroit. Enfin les parlementaires furent tous d’accord en vertu de la simplification administrative pour ajouter le niveau scolaire du possesseur du QR code, ses différentes activités sportives, associatives, politiques ou autres, sa situation conjugale et éventuellement ses enfants, enfin ses impôts, ses amendes payées ou impayées, ses crimes et délits si il y en avait.

Bref, toute la vie de l’homme qui descendait de chez lui en fin d’après-midi, était entre ses doigts. Il passait néanmoins pour un rebelle car il préférait encore son téléphone à une puce qui de plus en plus souvent était implantée au poignet. Cette résistance n’était que reculer pour mieux sauter. Emmanuel Macron venait d’intervenir à la télévision pour exiger la mise en place généralisée de la puce sous la peau en interdisant un grand nombre d’activités à ceux qui n’avaient encore qu’un QR code comme lui lisible sur un smart phone. Et ces mesures, c’était le but, devenaient très gênantes dans la vie quotidienne. Par exemple, au lieu de franchir les larges portillons électroniques disséminées dans les rues sans avoir à ralentir, notre personnage à chaque fois, quasiment tous les 50 m, à pied ou en vélo, les voitures étaient interdites pour le vulgum pecus, sortait son portable pour le passer devant un rayon laser qui lui permettait ou non de continuer sa route.

En dix ans le monde avait été chamboulé et la France, avec ce président qui débutait son quatrième mandat grâce à des campagnes électorales largement financées par big pharma, s’était montrée très en pointe dans ce changement de société. Les liens étroits tissés entre le pouvoir politique, la police et la justice avaient permis de révolutionner les us et coutumes de la population. Macron décidait de plus en plus seul mais systématiquement soutenu par ses courtisans en place dans les médias qui se chargeaient de faire taire toute opposition en affirmant péremptoirement que toutes les nouveautés étaient inéluctables et nécessaires. Les policiers cornaqués par leurs syndicats s’empressaient d’exécuter les ordres de l’exécutif et d’arrêter tout citoyen un tant soit peu déviant. La justice pour finir lui infligeait de lourdes peines qui ne lui donnaient d’autres choix que d’entrer dans le rang. Le vol, le viol et le meurtre étaient bien moins punis que les manquements aux règles concernant le QR code d’abord puis la puce implantée sous la peau maintenant.

Mais ce matin là notre homme se moquait bien de ce qu’il risquait. La vie pour lui était finie. Il ne voulait plus continuer son existence de cette manière et se dirigeait vers les Invalides espérant qu’au passage de la limousine présidentielle, il pourrait balancer dessus le fort explosif qu’il portait dans son sac à dos. Bien sûr il serait immédiatement exécuté. Mais peu importe! Cet attentat suicide contre le tyran était devenu pour lui comme une évidence.

En arrivant sur l’esplanade, il avait dans la tête ces vers de Baudelaire: “Sois sage, ô ma Douleur, et tiens toi plus tranquille / Tu attendais le Soir: il descend: le voici ” .

Frédéric Le Quer

 

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