Drouot Montmartre rivalise avec l’hôtel Drouot

Par jeudi 25 avril 2019 Permalink 2

Avant hier matin, une vente dans l’annexe de l’hôtel Drouot, appelée Drouot Montmartre mais qu’avec un peu moins de snobisme on pourrait qualifier de Drouot Barbès ou Drouot Goutte d’or, compte tenu de sa situation géographique, était organisée suite à la vente volontaire du stock d’un antiquaire brocanteur.

J’affrontai le quartier sordide et son passage le plus dangereux, au pied du métro Barbès où, toujours, des individus louches à la mine patibulaire, venus, parait-il, du Maroc (je ne leur ai pas demandé!), sont en attente d’un mauvais coup. La police est absolument inexistante. C’est un miracle qu’il n’y est pas plus d’incidents… Bref, la question n’est pas là.

Deux salles de ventes un peu glauques de quelques centaines de mètres carrées chaque, accueillent alternativement et très régulièrement des vacations. Si celles-ci étaient réservées à l’électro-ménager et au tout venant, de plus en plus d’antiquités et de peintures intéressantes sont offerts aux marchands qui représentent presque l’exclusive clientèle à s’aventurer dans ce lieu. Cette situation fait d’ailleurs débat et de nombreuses voix s’élèvent pour que les ventes classiques, courantes soient au plus vite rapatriées à l’hôtel Drouot, le vrai, qui, il faut le reconnaître, manque de vie et pourrait être bien plus occupé. En plein printemps, l’hôtel va d’ailleurs fermer 2 semaines, ce qui semble incroyable!

Donc dans cet endroit sans charme, de nombreux tableaux étaient ce jour-là proposés sans la moindre mise en valeur, avec leur cadre vendu séparément (drôle de calcul). Si des cartons à dessin réservaient certainement de bonnes surprises, certaines huiles sur toile avaient une vraie valeur artistique et l’une d’entre elle était même une pépite. Nous y voilà! 30 ou 40 € étaient la mise à prix de quelque chose qui n’était visiblement pas passé inaperçu aux yeux commissaire priseur, Me Lasseron, mais qui, sans signature, ne l’avait pas conduit à investiguer plus avant. Au moins deux clients, eux, l’avaient fait après avoir vu probablement des photographies sur internet. Et des téléphones, pas question d’être présent, se battirent longtemps, se battirent jusqu’à considérer la valeur de l’oeuvre à plus de 20 000 €.

Qu’était-ce donc? Vraisemblablement une oeuvre de Paul Elie Ranson, peintre du mouvement Nabi qualifié de “plus japonard que le nabi japonard”. Le musée d’Orsay possède une toile à l’iconographie très similaire et l’artiste ne signait pas toujours ses créations. Et maintenant? Elle va être chouchoutée, nettoyée, encadrée. Dans quelques mois elle réapparaîtra dans une galerie à Hong Kong, New York ou Londres… A quel prix? Dans les 200 à 400 mille euros (?) si la politique des banquiers centraux en faveur des plus riches ne change pas.

Frédéric Le Quer

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