Droit de préemption à l’hôtel Drouot

Par samedi 7 décembre 2019 Permalink 1

Une amusante anecdote s’est déroulée jeudi dernier à l’hôtel Drouot lors d’une vente cataloguée généraliste de la maison Kahn & Associés. La vacation commençait comme habituellement par les livres, les cartes géographiques et les gravures. Ce moment intéresse particulièrement les libraires parisiens. Si dans les ventes courantes ils se bagarrent entre eux, debout, devant, empêchant la salle de voir quoique ce soit des lots pour éviter ainsi la concurrence des particuliers, les belles ventes, même au sous-sol, celle-ci était salle 14, offrent la possibilité à tout à chacun d’enchérir sans que ces professionnels ne puissent trop s’immiscer dans le jeu et ainsi le fausser.

Bref, le lot 9, en une, était désigné ainsi: Mr de LOZIERER D’ASTIER – Plan de Monaco avec une légende des noms particuliers de chaque pièces de la fortification – Aquarelle sur papier signée et datée le 22 octobre 1710 – 83 x 58 cm. (tâches, pliures, trous). L’estimation proposait une fourchette de prix entre 300 et 600 €.

Le commissaire priseur commence tranquillement à 100, 150, 200 € et alors un libraire, monsieur relativement âgé qui doit hanter Drouot depuis des décennies, fait un jump. Qu’est ce qu’un jump? Vous entends-je déjà me demander. C’est porter une enchère qui n’est pas dans la lignée des précédentes mais bien au-dessus. Dans le cas présent le libraire lança 2 000 € soit dix fois plus que la précédente mise! Le commissaire priseur sourit un peu surpris mais surement pas mécontent. Le feu des enchères ne cessa néanmoins pas. Un téléphone relevait le défi mais notre libraire finit par l’emporter à 3 900 € frais compris. Enfin à l’emporter, non… Une voix de femme clama dans la salle bondée: “Préemption du palais de Monaco”. Le libraire était incontestablement fâché. Il tenta même de contester le droit de préemption de la principauté sur le territoire français. Personne ne savait à vrai dire le bien fondé de cette contestation, le bien fondé de cette préemption. En tout cas elle fut acceptée par le commissaire priseur dont la comptable se chargea de prendre le document attestant de l’autorisation de la dame à préempter.

Frédéric Le Quer

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