Dionysos et les gilets jaunes

Par mercredi 10 avril 2019 Permalink 1

Alors qu’Apollon est le dieu de la mesure, le peuple s’approprie Dionysos, contrecarrant l’état et la régression sociale. Plus que jamais les médias et donc ceux pour qui ils roulent, l’oligarchie, la ploutocratie, les dominants… se veulent une posture apollinienne, stable, ordonnée, rationnelle se targuant de pédagogie, d’explications pour les masses afin de leur faire accepter leur situation décrépite. Et de voir quel impôt pourrait être supprimer sans que rien ne change, quel avantage pourrait être accordé sans qu’il ne coûte, sans qu’il ne grève la fortune de ceux qui en ont une, de subodorer quelle nouvelle organisation de l’état simulerait un renouveau, quels arguments peuvent être apportés à la réflexion et ceux qu’on doit catégoriquement rejeter… Leurs débats se donnent l’air d’éclairer en voulant canaliser les pulsions de ceux qui n’ont plus qu’un Dieu, Dionysos.

L’important pour le pouvoir est de contrarier l’ordre naturel des choses, de bousculer ce rythme dialectique où le peuple meurt régulièrement pour mieux renaître. Et cette renaissance va de paire avec celle d’un monde nouveau. Le génie n’éclate qu’après le remise en cause de ce qu’on croit être immuable. Mais nos dirigeants qui représentent la classe la plus privilégiée, refusent tout basculement naturel, dionysiaque, et s’accrochent à leurs prérogatives comme la finance a, en 2008, refusé de prendre ses pertes et continue de faire supporter ses inconséquences au reste de l’humanité. Ils dissocient l’homme de sa nature fougueuse, inspirée pour le réguler, l’inhiber en se servant d’arguments singeant la logique avec un postulat pourri qui insinue que rien d’autre n’est possible que ce qui est. C’est un raisonnement de fou que les “élites” tentent d’imposer aux citoyens en les aveuglant pour mieux conserver leurs prérogatives.

Les gilets jaunes écartent les tableaux synoptiques, les graphiques de données feignant une science économique qui s’imposerait à tous inéluctablement comme Dionysos dépasse la politique. La nature se joue des sophistes et se moque des arguties. Le feu des révolutions efface l’ordre ancien, ignore les fausses certitudes du passé, bannit les fictions mensongères. De la tentative d’assèchement des idées se révélera, sous l’impulsion du peuple, un sol fécond en dépossédant la société de ce qu’elle est devenue.

Frédéric Le Quer