Didier Raoult, le retour

Par jeudi 25 juin 2020 Permalink 3

Le professeur Didier Raoult avait l’occasion hier, devant une commission parlementaire de dire tout le mal qu’il pensait de la gestion de la crise du coronavirus. Il ne s’en est pas privé même s’il n’a pas eu la dent trop dure vis à vis de l’exécutif. Il a reproché à nos dirigeants politiques d’être entourés par des “incompétents”. Mais quand l’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs, la critique feutrée certes, reste néanmoins implacable.

Evidemment, donc, assistés de médiocres, les décisions du ministre de la santé, du premier ministre et du président de la république ne pouvaient être pertinentes et elle ne l’ont jamais été. Mais il y a pire. Des expressions chocs sont sortis de la bouche du professeur Raoult comme “Malades transformés en objets d’essai thérapeutique” ou “la science instrumentalisée au service de l’idéologie et du commerce”. Le refus de tester et de soigner avec “un traitement simple et peu coûteux”, plus radicalement “la stratégie de ne pas traiter”, de refuser de “donner quelque chose au malade” ont été des décisions qui ont visiblement heurté la déontologie médicale du ponte marseillais.

Comme il fallait s’en douter, Raoult a vanté son protocole à base de chloroquine mais la manière dont il a dézingué le conseil scientifique, “une faillite totale”, et ses récipiendaires, restera dans les anales! Là non plus s’il ne s’attaque pas directement au gouvernement, mais en étrillant cette assemblée de sa création, il le tient responsable de fait. S’il s’y est senti comme un “OVNI”, l’attitude des membres en est d’après lui largement responsable. Ces derniers ne réfléchissaient pas sur la base de données ce qui pour le scientifique devait être un incontournable, mais dans le cadre d’une discussion entre amis, voire à bâton rompu, entre gens du même monde, en restant dans le flou et l’à-peu-près. De là ils ne pouvaient que prendre des décisions sans fondement d’un point de vue sanitaire.

Et c’est là qu’on entre dans le dur. Si d’un point de vue sanitaire les préconisations du conseil scientifique étaient pour le moins aléatoires ou fantaisistes, d’un point de vue financier, elles étaient scrupuleusement guidées par une attitude consistant à tirer pour chacun le meilleur parti de la catastrophe épidémiologique. Corruption et conflit d’intérêts deviennent les deux mamelles de la pas si noble assemblée dont les participants sont soudoyés par le groupe américain Gilead qui cherche à tout prix à placer son médicament le remdézivir. Fusion et augmentation de capital nous entraînent alors très loin des problèmes de santé publique. Raoult montre la voie aux parlementaires pour qu’ils découvrent les noms des corrompus. Lui les connait.

Alors, sans conteste, il s’agit d’un des plus grands scandales d’état que la France ait connu. 30 000 morts dont une bonne partie eut pu être sauvée si la question du profit n’était pas entrée en ligne de compte. Ce n’est pas rien. C’est un crime d’état à grande échelle.

Frédéric Le Quer

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