Charles Aznavour est mort

Par lundi 1 octobre 2018 Permalink 7

J’ai beaucoup écouté Charles Aznavour, fin des années 90, début des années 2000. Une joyeuse compagnie se retrouvait le vendredi soir à Saint Denis (93), d’abord dans un kebab dans lequel Saïd qui le tenait (il était né dans la même maternité que moi), servait de l’alcool, à profusion, puis dans le bar tabac en face quand il en avait marre et voulait fermer. Les deux établissements mettaient des chansons reprises à tue-tête par notre petite société composée de français en majorité, d’algériens aussi, des juifs un peu. A cette époque, Saint Denis ne jouait pas encore dans la cour du communautarisme, mais dans celle de l’intégration, voire même de l’assimilation. On faisait la fête sans se poser la question de savoir si tous pourraient manger du saucisson ou boire du whisky car personne ne se gênait encore pour le faire. Même les histoires de ramadan, je ne m’en souviens pas. On frôlait le melting pot réussi. On l’a juste frôlé.

Toutes les chansons d’Aznavour, on les connaissait. La rue Sarasate, elle est où? “Viens voir les comédiens!” car “on se voyait déjà…” Aznavour, c’était du bonheur quand le semaine était finie, à chanter ensemble, à plein poumon, très mal ou très bien à condition qu’on soit pas trop saoul. Tout cela a duré plusieurs années, des belles années. On écoutait pas qu’Aznavour, mais il eut été inimaginable qu’on ne l’entende pas à chaque fois avec toujours un plaisir égal. Et certains d’aller même le voir au palais des congrès.

Les années passèrent et un jour Saïd vendit son établissement à un turc. Le jeune était sympa et prêt à amener la même ambiance. Mais d’autres turcs, plus vieux, ceux qui avaient financé l’achat, ne tolérèrent plus Aznavour. On y allait donc moins. Le quartier changeait vite. Guy, le patron du bar tabac qui adorait Aznavour aussi, partit, trop isolé en tant que français et son bistrot fut racheté par… Vous devinez qui! Alors Aznavour, le vendredi soir, petit à petit, ça se finit. St Denis mourait une deuxième fois après la fois où le maire dans les années 70 décida de saccager tout le centre ville.

Aujourd’hui la mort de Charles Aznavour, ça me fait quelque chose. Et je songe à tous mes potes de ces années là qui doivent en ce moment repenser à cette époque comme moi.

Frédéric Le Quer